lundi 7 mai 2018

En bus et en métro (croquis)


Dans ce bus de la ligne 14, des coups de frein brutaux nous précipitent les uns contre les autres à tous les arrêts. Soudain, s’élève une voix d’homme très forte : « Pédale douce, Bon Dieu !... ». Murmures d’approbation.

Dans le bus, deux maghrébines parlent très haut. La rugosité de la langue arabe fait qu’on pourrait imaginer qu’elles se disputent, mais ce n’est peut-être pas le cas... De temps en temps, elles glissent quelques mots de français dans la conversation et cela attire l’oreille.
A un moment, l’une d’elles dit ainsi : « Ça t’apprendra à vivre ! ». On ne saura jamais si elle visait son interlocutrice ou si elle lui mimait une scène vécue.

Dans le métro, une vieille femme au visage paisible, un bouquet de lilas en travers de son cabas noir en toile cirée. Le wagon en est tout embaumé.

Dans l’autobus, un bonhomme rondouillard à casquette. Assis, il lit "Le Canard Enchaîné". Tout à coup, on l’entend s’exclamer: « Putain !... ».

Le bus est arrêté à son terminus, le chauffeur attendant sur son siège. A l’avant, deux jeunes assis côte à côte, discutent bruyamment. L’un deux a la tête rasée, l’autre porte une chapka.
Au moment où le bus va partir, l’homme à la chapka se lève vivement et s’adresse au chauffeur d’un ton très bourru, à la limite du revendicatif : « On peut ouvrir la porte ? ».
Le chauffeur hausse les épaules, s’exécute et le jeune sort. En longeant le bus il tambourine fortement du poing sur les vitres au niveau de son camarade toujours assis.
Le chauffeur soupire et démarre.

Un blondinet monte dans le métro avec sa maman. Attaché à son poignet, un énorme dragon gonflé, d’un vert très criard. Embarrassés par ce ballon très encombrant, il ne leur est guère facile de trouver l’endroit où ils gêneront le moins. Lorsqu’il se lève pour partir, je dis au petit garçon : « Il est vraiment beau ton dragon ! ». Tout occupé à s’extraire de sa place, il ne réagit pas mais la jeune femme se tourne vers moi et me fait un clin d’œil, un joli petit clin d’œil de connivence.

Dans le bus, deux filles discutent de la préparation d’une prochaine fête et de qui y participera. L’une d’elles s’exclame : «  Comment ?... Il n’a pas de copine ! »
Elle a accentué le « pas » sur un ton d’incrédulité absolue.

Dans le bus 86, une femme d’une quarantaine d’année aux cheveux noirs très courts, aux traits plutôt accusés.
Elle est assise sur un siège isolé et... elle brode.
Sur ses genoux, un canevas sur un cadre à peu près de la taille d’un livre ouvert. Elle brode à petits points, s’interrompant lorsque les trépidations sont trop fortes, reprenant aux arrêts du bus. Deux jeunes femmes, debout près d’elles, la regardent œuvrer mais sans un échange de mots ni de regards. De loin, je crois deviner que le motif de la broderie est une rose.

Dans le métro une petite fille, de 4 ou 5 ans, me marche sur le pied. Je le retire et sens qu’elle me marche à nouveau dessus. Je la regarde, elle me regarde... Je vois très bien qu’elle a fait exprès. Je grogne alors : « Non, mais dis donc ! ». Elle se tourne vers sa mère pour voir quelle peut être sa réaction. La mère qui n’a rien vu ni entendu ne réagit pas. Je regarde à nouveau la petite fille en fronçant les sourcils, de l’air de celui qui dirait : «  Que je ne t’y reprenne pas ! ». Elle continue à me fixer d’un air insolent puis la mère et la petite descendent à la station suivante.

En face de nous, assis côte à côte, un couple plutôt âgé. Elle, très droite, l’air sévère, lit un petit journal gratuit distribué à l’entrée de la station. Lui, plus effacé, jette un coup d’œil par-dessus son épaule pour profiter quelque peu de la lecture. Cela ne plaît manifestement pas à la femme qui, d’un air agacé, pousse vers lui le petit journal en disant : « Tiens... lis ! ».

Le conducteur de bus tourne son volant avec des gestes coulés. On sent que le code de la route n’est pas pour lui une simple contrainte mais le cadre bienveillant d’une activité qu’il aime. Ce n’est pas si fréquent. Nous aussi on aime.

C’est mercredi et heure de grande affluence. A la station "Vérone" monte une douzaine d’enfants accompagnés par deux monitrices. Ils doivent avoir 5 ou 6 ans, sont à peu près tous de la même taille et forment un paquet tout serré au milieu des autres voyageurs, eux-mêmes plutôt compressés.
Le métro démarre et ce mouvement se répercute sur la grappe des enfants qui, bien sûr, ne peuvent se tenir aux barres bien trop hautes pour eux. Ils sont donc tous projetés en arrière et leurs rires cascadent. A l’arrêt suivant, se produit le même phénomène mais cette fois en sens inverse : nouveaux éclats d’une joie absolue.
Pendant un instant, les autres voyageurs semblent être touchés par la grâce.

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GP

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