vendredi 23 février 2018

Une fenêtre à soi

( texte composé sur le thème 14, autour du mot branche )


Dehors le vent s’était levé. Une branche basse du tilleul se trouvant ainsi chahutée, venait de temps en temps heurter le volet de bois. La veille au soir, je m’étais endormi à peine couché, ayant posé mon livre sur la chaise à côté du lit.

Le tapotement me réveilla, me fit sortir de mon rêve.


Je me levai, poussai fort les volets qui claquèrent contre le mur et reculai de quelques pas. Comme dans un tableau dont le cadre aurait été la fenêtre, je vis apparaître mon paysage familier :

au dessus de tout, le ciel lumineux et bien dégagé,

au loin, les collines fauves que nous avions parcourues la veille,

au centre, juste à l’endroit où les diagonales du tableau auraient pu se croiser, la girouette sur le toit du pigeonnier au fond du jardin,

à gauche et sur presque toute la hauteur, le feuillage du tilleul, faisant comme une frise,

en bas, à droite, au premier plan et sur le banc de pierre, les pots de géraniums écarlates avec leurs soucoupes remplies de l’eau de pluie tombée pendant la nuit.


Pierre Bonnard et d’autres aussi, ont souvent peint des paysages familiers vus au travers d’une fenêtre, quelquefois fermée mais la plupart du temps ouverte. Ce n’était certainement pas quelque réticence de leur part à poser un chevalet à l’extérieur... mais plutôt parce qu’une fenêtre en dit long sur l’ouverture au monde. Ce monde qui change de saison en saison, d’heure en heure et qu’on saisit par morceaux, en prenant du recul, en le cadrant. Étonnant ce pouvoir d’ubiquité qui fait se ressentir tout à la fois dedans, dans sa chambre, et dehors.

Quel bonheur d’avoir pour soi une fenêtre ouvrant sur la nature ! Et quand on n’en a pas... reste malgré tout à l’imaginer, comme le poète Armen Lubin dans "Les hautes terrasses" :

N’ayant plus de maison ni logis,
Plus de chambre où me mettre,
Je me suis fabriqué une fenêtre
Sans rien autour... 


Bozo

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