samedi 2 décembre 2017

La "carte du Tendre"

( texte composé sur le thème 69, autour du mot carte )

Hier, la "carte du Tendre" faisait suite à l’amour courtois qui avait régi les jeux de l’amour pendant plus d’un siècle. Troubadours et trouvères avaient chanté cet amour, respectueux et profond, prude et chevaleresque dans les madrigaux ou dans les "cansons". Mais le chemin n’était pas évident pour tout le monde et beaucoup s’y étaient perdus.

La géographie faisait de grands progrès. Les rois contemplaient les cartes dressées par les explorateurs. Le besoin de représenter le monde et les mots se faisait pressant. La "carte du Tendre" fut donc inventée pour se repérer dans les mystères de l’amour et du désir. Le GPS n’existait pas. Sinon, sûr qu’un grand nombre de prétendants auraient enregistré la destination, le chemin le plus court ou le moins coûteux, auraient suivi à la lettre les indications vocales de son outil numérique, en l’insultant de temps à autre et en veillant à ne pas se perdre dans les chemins de terre. Règne de la périphrase, des circonvolutions langagières pour ne pas nommer les choses, la "carte du Tendre" était plus énigmatique mais tout aussi agaçante pour qui souffrait d’impatience.

Depuis longtemps déjà, elle n’est plus inscrite au menu mais aujourd’hui, la "carte du Tendre" a laissé place au tendre à la carte. Pour quelques jours, quelques mois, sans trouble et sans émoi. Les choses sont nommées. Mademoiselle de Scudéry serait horrifiée. Le GPS est même devenu inutile. Suivez tout droit, c’est en face. L’amour... à la carte. La tendresse... à la carte. L’inclination... même pas à la carte : je te kiffe grave. L’estime... hors carte : je like. La reconnaissance... vous parlez de quoi là ? Même les mots se sont perdus...

Il ne faut pas non plus sombrer dans le pessimisme. Il en sortira sans doute quelque chose. Nous verrons demain.

Demain, je perdrai peut-être la carte... Je ne saurai peut-être plus ce que signifie le mot amour. Je serai peut-être atteinte d’Hermalize, maladie nouvelle, destinée à masquer la vraie. J’aurai peut-être adopté à nouveau les périphrases et les circonvolutions langagières. Je repérerai peut-être ce monsieur du premier étage qui marche avec un déambulateur et je lui dirai : « Enfin, te voilà !... Tu en as mis du temps ! Et dire que tu ne m’as même pas adressé une carte postale pendant tout ce temps ! ». 

Mariji Cornaton

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