jeudi 28 décembre 2017

Enfin seuls !

( texte composé sur le thème 70, autour du mot zinzolin )

Une porte a claqué violemment quelque part dans la maison et cinq secondes plus tard, nouvel ébranlement. Cela ne nous a pas du tout surpris : ce sont les jumeaux qui sortent pour aller à leur cours de théâtre. Ils nous ont raconté qu’ils travaillaient sur un vaudeville dans lequel on claque beaucoup les portes... Admettons.

Moune et moi avons donc toute une grande soirée devant nous. La plupart du temps c’est un plaisir de cohabiter avec nos petits-enfants mais quand même un certain répit quand ils sortent. On peut alors s’acagnarder à notre guise.

Première chose à faire : tamiser les lumières. En temps ordinaire quand on fait ça, les jumeaux s’exclament : « Oh là là ! Mais on y voit que dal là-dedans ! ». Ensuite, travailler l’ambiance sonore. Sortir le bon vieux tourne-disque Teppaz, feuilleter la pile des vinyles comme si c’était la première fois, tomber comme par hasard sur « Rhapsody in Blue ». Se pencher, souffler sur le saphir pour enlever la moindre poussière et le poser avec extrême précaution dans le premier sillon.

Entre temps, Moune s’est changée et a enfilé sa djellaba préférée, celle qu’elle dit être zinzoline car elle s’y connaît en nuances de couleurs.
Elle sort deux verres de cristal et moi, tout en pestant contre mon genou, je descends à la cave chercher de quoi chopiner. J’y dégotte une bouteille de Châteauneuf-du-Pape, malheureusement une des dernières, tout couverte de poussière. Une bouteille pour deux, cela devrait aller.

Nous tirons les fauteuils l’un à côté de l’autre et nous laissons emporter par « Rhapsody in Blue » tout en sirotant nos verres.
Et puis, c’est la tentation de fin de soirée, ce que j’appelle un pétard et Moune « un chouia de marihuana ». Maintenant, j’ai mis sur le Teppaz ce claquedent de Brassens. Je tiens la main de Moune qui me répond par de petites pressions. C’est le bonheur parfait.

Soudain, une porte claque violemment et cinq secondes plus tard nouvel ébranlement. Les jumeaux rentrent bien plus tôt que prévu de leur cours de théâtre. On les entend monter les escaliers quatre à quatre pour aller à leur chambre. Zut, ils vont sentir l’odeur des joints. Je me précipite pour ouvrir les fenêtres. J’éclaire tout grand le lustre. Moune trottine à la cuisine emportant les verres et la bouteille presque vide.

Les jumeaux descendent peu après, tout drapés d’oripeaux. L’un deux serre contre lui un vieux balai et ils nous jouent le sketch : « Tiens, quelle surprise, voilà le hallebardier ! ». Nous applaudissons de bon cœur et les jumeaux nous embrassent : « Bonsoir Moune, Bonsoir Hubert. Dormez bien... comme des enfants sages ! ».

Ils n’ont rien senti, rien détecté. On a eu chaud !

Bozo

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