vendredi 27 janvier 2017

La lettre de Tante Éloïse

( texte composé sur le thème 60, autour du mot tchin-tchin )


Trop nombreux parfois sont ceux qui ont connu dans leurs familles des histoires secrètes, des non-dits, des ruptures ou des disputes de prime abord incompréhensibles. Alors en lisant, de manière tout à fait aléatoire, votre texte Séisme du 20 septembre 2014, histoire d'une famille un jour fracassée par une seule remarque d'un de ses membres à propos de la tante Éloïse "qui ne ressemblait guère aux autres membres de la famille", j'ai eu envie d'être moi-même cette tante Éloïse qui tente de reconstituer le puzzle familial avec la génération suivante. Je crois en effet, que les secrets de famille, même les mieux gardés, finissent toujours, tels des abcès souterrains, par être percés un jour tant ils sécrètent du pus sur la descendance.

***

Théo,

A la simple idée de t'écrire, mon cœur s'emballe et se trouble ! Quand j'ai revu ton visage dans ce jardin public, tu m'as confirmée subrepticement que c'était bien toi : depuis, c'est vrai, je ne cesse de penser à notre histoire commune tombée dans l'oubli le plus opaque depuis cette fameuse journée d'automne où notre famille a éclaté. Longtemps je me suis interrogée sur l'attitude à avoir, longtemps j'ai réfléchi et hésité. Mais aujourd'hui, les doutes s'estompent et s'envolent et je souhaite que l'on reprenne ensemble le fil qui s'est cassé ce fameux jour de séisme.

Vous étiez jeunes encore avec ton frère. Et l'insouciance de la jeunesse ne vous avait pas encore été retirée. Maintenant vous êtes devenus des hommes, des hommes responsables, capables de comprendre l'histoire compliquée de vos grands-parents. J'aurai tant de choses à vous dire sur eux, sur leurs choix et leurs décisions heureuses et moins heureuses, sur moi et mon désarroi de toujours ! Il est temps pour vous et vos enfants, si vous en avez, que vous ayez un éclairage, le mien bien sûr, sur ce qui s'est vraiment passé le jour de cette fracture familiale.

Peut-être pourrions-nous donc nous retrouver dans un bar à ta convenance un de ces prochains jours. Je suis entièrement disponible toutes les fins de semaine. Je te laisse libre de fixer toi-même le lieu exact, le jour et l'heure de cette première rencontre. Cela me ferait tellement plaisir de faire tomber les barrières qui se sont érigées entre nous pour recommencer à tisser avec toi et ton frère s'il en est d'accord, ce lien qui a été le nôtre lorsque vous étiez petits.

Si tu acceptes ma proposition, je n'ose imaginer mon bonheur lorsque nous lèverons ensemble nos verres en déclarant haut et fort « tchin-tchin » à nos retrouvailles.

Comme le disait si bien Raymond Devos:

"Je hais les haies qui sont des murs
Je hais les haies et les mûriers
Je hais les haies qui nous emmurent
Je hais les murs qui sont en nous !"

Bye, bye Théo en espérant pouvoir te serrer très bientôt dans mes bras.

Tante Éloïse


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C. Didier

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