lundi 3 octobre 2016

Au 21 rue des Iris

( texte composé sur le thème 57, autour du mot or )

De gros nuages noirs s’installaient peu à peu devant le soleil en se rebrodant d’or.

Il se souvient alors de cette étrange histoire qui lui fut un jour contée en un pareil après-midi alors que l’astre, lassé de son orbite toujours recommencée, s’allongeait sur les toits en étirant les ombres.

Au 21 rue des Iris, lui avait-on dit, poussait une orchidée, une merveille très rare dans nos contrées, dont toute la ville parlait sans l’avoir jamais vue.

Et dans ce jardinet de superbe ordonnance, au 21 rue des Iris, pleurait une orpheline, chaque soir et un peu le matin, en arrosant sa belle fleur offerte par son père tant aimé le jour de ses 16 ans.

Ce père venait de décéder, laissant là dans son atelier tous ses travaux d’orfèvre inachevés, et une jolie provision de pépites d’or pour subvenir à ses besoins.

Le reste du jardin n’était qu’orgie de plantes et fleurs sauvages qui l’isolaient de la malveillance du monde.

Une haie d’ormeaux, notamment, qu’elle laissait s’envoler vers le ciel, la protégeait du regard des passants.

Elle avait eu, un temps, pour compagnon de solitude, un bel ornithorynque à la douce fourrure, nommé Darwin, que son père lui avait ramené de Tasmanie.

A l’époque il était orpailleur, et c’était ce qui lui avait permis de devenir orfèvre par la suite, avant qu’une funeste passion le pousse à devenir empailleur pendant ses loisirs.

Darwin était toujours là mais il ne bougeait plus et avait perdu un de ses orteils en tombant de son piédestal.

Un gentil petit orvet venait parfois lui dire bonjour en cherchant sa pitance parmi les fleurs et, comme vous le voyez, c’est une triste histoire que celle de la petite orpheline du 21 rue des Iris qui arrosait son orchidée de ses larmes.

Marie de Saintjean

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