dimanche 17 juillet 2016

Le maillot en céramique

( texte composé sur le thème 54, autour du mot maillot )

Pour Marcel, la question se posait avec acuité ; perdu ou volé, il ne savait pas trop, en tout cas, il n’était plus là. Et c’est toujours quand on en a besoin que quelque chose nous manque. Ce qui, à vrai dire, est assez normal puisqu’il faut en avoir besoin pour s’apercevoir qu’il n’est plus là. C’est ce qu’il pensait Marcel ce matin-là en sortant de chez lui. Il avait beau tourner l’affaire dans tous les sens, réfléchir à tout ce qu’il avait fait la veille, se repasser en mémoire son parcours de la journée, réfléchir à tous les gens qu’il avait rencontrés la veille, ce qu’il leur avait dit, ce qu’ils avaient fait ensemble et ce qu’il leur avait confié. Rien, rien de rien ne lui donnait la moindre indication. Il m’avait même posé la question, à moi, comme si j’étais susceptible de lui fournir la moindre réponse. Tout ce que j’avais trouvé à lui dire, c’est qu’un jour, il oublierait sa tête.

Ce à quoi Marcel avait rétorqué qu’il ne l’avait pas oublié mais perdu, ce n’est pas la même chose et en plus il n’excluait pas qu’on lui ait volé et il a conclu :

– Et je ne crois pas qu’un jour quelqu’un ait intérêt à me voler ma tête.

Je l’ai donc laissé chercher tout seul.

Cependant, le processus de recherche s’était mis en route malgré moi et je ne pouvais pas m’empêcher de m’intéresser à ce qu’il désirait retrouver, avec le secret espoir de le doubler dans cette opération, ce qui serait tout bénef pour ma mémoire et notre différence d’âge.

Marcel ne cherchait plus apparemment tandis que je me creusais les méninges à faire défiler les lieux où il avait l’habitude de perdre ses affaires mais je me retenais de lui demander s’il avait cherché dans les endroits auxquels je pensais, de crainte qu’il ne m’associe à l’avenir à ses recherches de plus en plus fréquentes.

Plusieurs jours passèrent ainsi. Ma motivation baissait également et je m’apprêtais à penser à autre chose lorsqu’un grand juron s’échappa de la pièce voisine. Marcel était devant son ordinateur et n’en finissait pas de laisser libre cours à son indignation et il m’interpela :

– Je t’avais bien dit qu’on me l’avait volé ! Regarde, il est sur Internet. Il manquait à un collectionneur mais maintenant, c’est à moi qu’il manque.

Et Marcel m’attira près de l’étagère où étaient alignés tous les maillots en céramique qu’il avait achetés aux différents Tour de France. Sauf un ! En se tournant vers moi d’un air déterminé, il prononça une menace à la mesure de l’événement :

– Et maintenant, il va falloir retrouver celui ou celle qui m’a fait cette farce !

Notal, Mariji Cornaton

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