jeudi 9 juin 2016

Drôles de vacances

( texte composé sur le thème 54, autour du mot maillot )

On venait de la déposer devant la gare. Il faisait beau, très beau même pour ce début du mois de juin. Aussi légère que la brise qui effleura son visage au moment où elle mit pied à terre, elle pénétra dans le hall d'accueil, parcourut rapidement l'écran lumineux signalant le départ de son train et s'engagea sur le quai correspondant. Le train qu'elle devait prendre n'était pas encore là et en ce début d'après-midi il y avait peu de monde à attendre.

Elle portait un maillot blanc légèrement décolleté, une jupe courte à fleurs et de petites ballerines blanches, l'ensemble lui donnant l'air d'une jeune fille fragile. Un semblant de sac à main en toile pendait le long de son épaule alors qu'elle retenait négligemment devant elle une valise à roulettes. A bien l'observer, la pâleur de son visage, la blancheur de ses jambes, la désinvolture qui accompagnait ses gestes, laissaient à penser qu'elle partait en vacances. Et oui ! N'ayant pu obtenir ses congés aux dates souhaitées, elle rejoignait des amis partis huit jours plus tôt. Elle était seule mais elle était heureuse, d'autant plus qu'elle n'était pas partie depuis au moins deux ans. Elle se mit à rêver. Elle se voyait déjà allongée au soleil, loin des incantations incessantes de sa patronne, ne percevant plus que le murmure de la mer. A moment donné, elle crut même entendre la corne d'un paquebot, mais ce n'était que le crissement des roues sur l'acier... Son train entrait en gare.

Elle se ressaisit alors, monta rapidement dans le wagon situé devant elle pour s'apercevoir qu'il était bondé. Pas une place assise. C'est alors que le haut-parleur de la gare annonça qu'un deuxième train, en partance pour la même direction entrait également en gare sur le quai opposé. Sans même réfléchir, elle redescendit rapidement du wagon où elle venait de monter, et malgré la bousculade liée à la précipitation et à l'imprévu se retrouva somme toute assez vite assise dans le deuxième train. Mais alors qu'elle commençait à prendre ses aises, elle s'aperçut que le sac qu'elle portait à l'épaule était devenu soudain bien léger. Elle l'empoigna d'une main et sentit qu'il était vide. Saisie de panique elle bondit de son siège, retira précipitamment sa valise du porte-bagage et redescendit en hâte sur le quai. Pendant que le train s'ébranlait doucement, elle vit ce qu'elle ne comprit pas tout de suite. Son sac avait été décousu, déchiré, arraché... Que sais-je ? La couture de côté n'avait pas tenu et elle avait perdu tous ses papiers et tout son argent : plus de carte d'identité, plus de passeport, plus de visa, plus de chéquier, plus de chèques de voyage, plus de carnet d'adresses... Ne restaient plus que les mouchoirs en papier, les cachets d'aspirine, le tube d'arnica : finalement le plus important pour faire face à la situation, sécher ses larmes et soigner son mal de tête naissant. Sidérée, comme paralysée, elle regarda le dernier wagon disparaître à l'horizon de la gare. Elle faillit s'effondrer sur place lorsqu'un agent de la SNCF se préoccupa de sa présence. Elle lui expliqua comme elle put qu'elle venait de perdre son identité et son argent, que peut-être il pourrait l'aider à tout retrouver !

– Oh ma petite demoiselle, lui dit-il, vous vous êtes fait voler. C'est tous les jours en ce moment que ça arrive. Je ne peux rien pour vous. Vous n'avez plus qu'à aller au commissariat déposer une plainte.

Il lui sembla tout à coup que le monde s'écroulait. Elle n'était plus personne, elle n'avait plus un centime, même pas de quoi se payer un ticket de bus pour rentrer chez elle. Elle pensa tout à coup à ses clés. Où les avait-elle rangées ? En se rappelant qu'elle les avait glissées dans sa valise, elle reprit de l'énergie et se rendit au commissariat.

Ce qu'elle regrettait le plus, ce n'était pas l'argent, c'était son passeport et tous ses visas, témoins des chemins parcourus de par le monde. Dans sa colère contenue, elle fit sa déclaration en donnant à l'agent qui l'écoutait une fausse identité. Quelle importance après tout ! Elle savait qu'il ne ferait pas vraiment d'enquête : "Ça arrivait tous les jours !" lui avait dit l'agent de la SNCF. Et cette entourloupe la fit rire intérieurement. Que voulez-vous, il fallait bien qu'elle s'amuse un peu... C'était bien ses vacances à elle !

Puis un jour d'hiver qui suivit, elle trouva dans sa boîte aux lettres une enveloppe un peu épaisse venant de la SNCF. Intriguée, elle l'ouvrit avant même d'avoir appelé l'ascenseur. Et quelle ne fut pas sa surprise. Son passeport en tomba, légèrement brûlé sur les bords. Un petit mot l'accompagnait : Trouvé sur les voies par un agent d'entretien de la SNCF. Elle n'en revint pas ! Ça alors !

Depuis, elle le garde précieusement dans une petite valise où elle cache ses trésors.

C. Didier

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