vendredi 27 mai 2016

Escape Game

( texte composé sur le thème 53, autour du mot debout )

Frank aurait préféré aller faire un petit tour Place de la République pour assister aux débats de Nuit Debout mais Véro insista beaucoup pour que, ce samedi soir, ils participent plutôt à un Escape Game. Ce jeu de rôle est très à la mode à Paris. On se laisse enfermer dans un espace clos pour s’atteler à résoudre un certain nombre d’énigmes permettant d’en sortir, le tout dans un temps limité fixé d’avance. La perspective d’être enfermé assez longtemps et surtout seul avec Véro était loin de déplaire à Frank et il accepta.

Se rendant au lieu convenu ils choisirent le thème : « Le trésor de l’alchimiste ». Le « coach » leur expliqua qu’il s’agissait de trouver un paquet de poudre d’or qui avait été déjà fabriquée par le magicien, puis la clé du souterrain permettant de s’échapper. Tout ceci avant que ne revienne l’alchimiste qui avait l’habitude de s’absenter pendant environ une heure.

Après avoir payé – c’était d’ailleurs assez cher – ils furent introduits dans l’antre et la porte se referma sur eux avec un bruit sec.

Leurs yeux s’habituant peu à peu à une demi obscurité, Frank et Véro découvrirent une assez grand pièce au plafond bas noirci de fumée et au sol de terre battue. Les murs étaient faits de grosses pierres grises suintant d’humidité. Une vague odeur de soufre imprégnait l’air. On entendait le bruit du vent et, de temps en temps, comme des ricanements. Au milieu de la pièce, une grande table sur laquelle se trouvait tout un bric-à-brac : marmites, chaudrons, bocaux, cornues de cuivre et de verre… Contre un mur, un fourneau trapu et rougeoyant. A côté, une petite porte basse de bois clouté qui devait être la porte du souterrain par où s’échapper. A l’opposé et par terre, une cage dans laquelle un gros rat aux yeux rouges tournait en rond. «  En voilà un qui, comme nous, cherche la sortie ! » ironisa Frank.

Véro se tenait pétrifiée face à ce spectacle sordide et un peu inquiétant. Frank, profitant de l’occasion, lui mit le bras autour des épaules dans un geste compréhensif et protecteur. Véro se dégagea brusquement : «  Arrête ! Pas de temps à perdre en marivaudages. Il faut trouver le plus vite possible la clé de la porte du souterrain. Moi, je n’ai qu’une envie : foutre le camp d’ici… ». Elle commença à fouiller fébrilement les tiroirs de la table, puis souleva le couvercle des marmites, regarda sous le coussin crasseux du fauteuil bancal.

« Agissons avec méthode au lieu de faire n’importe comment, lâcha Frank. Je propose de diviser virtuellement la pièce en carrés d’à peu près un mètre de côté et de les fouiller systématiquement, l’un après l’autre ». « Mais c’est complètement débile, riposta Véro. Nous n’aurons jamais le temps. Il faut plutôt se mettre à la place de l’alchimiste pour deviner où il aurait pu mettre cette foutue clé. Il faut entrer dans le personnage et, de là, imaginer ». Frank haussa les épaules en pensant : « Voilà qu’elle nous fait le coup de l’intuition féminine…»

Sur une étagère, Frank repéra un grimoire partiellement rongé par les souris et se mit à lire à haute voix : « L’or brille même dans la boue… Il n’y a pas de lunettes plus fausses que celles d’or... L’or est jaune comme la paille… La paille ?... Aide-moi donc, Véro, à trouver le sens de ces énigmes. C’est l’esprit même du jeu ». Véro épousseta de la main un tabouret branlant, s’assit et soupira : « Laisse-moi tranquille. Tu ne vois pas que j’en ai marre de ces histoires à dormir debout ».

« C’est pourtant bien toi qui l’as voulu » marmonna Frank.

Le temps passait. Le rat aux yeux rouges tournait de plus en plus vite dans sa cage. Le bruit des rafales de vent s’était amplifié. Et puis, très progressivement, la lumière augmenta d’intensité révélant encore mieux les aspects déprimants du décor. On entendit s’ouvrir les verrous de la porte d’entrée : le temps du « jeu » était écoulé.

En sortant, Véro, très renfrognée, ne put s’empêcher de demander au « coach » :

« Mais où était-elle donc cette foutue clé ?

– Par terre, devant la petite porte du souterrain et… sous le paillasson, naturellement ».

Frank et Véro s’éloignèrent. Chacun de son côté.

GP

Aucun commentaire: