mardi 2 février 2016

En direct de Saint-Pétersbourg

( texte composé sur le thème 50, autour du mot pied )

Alban s’était levé de bonne heure et du bon pied, ce qui était un peu son habitude vu qu’il avait un bon tempérament. Il devait être sur le pied de guerre à huit heures précises pour le Journal de la demi-journée en France. Il avait choisi comme sujet le dégel du permafrost mais, ironie du sort, le froid était descendu de Sibérie, il s’était mis à geler à pierre fendre depuis deux jours et il avait donc dû se vêtir de fourrure de pied en cap. La Neva était recouverte d’une couche de glace d’un demi-pied, la crainte des mères de Saint-Pétersbourg était que les jeunes ne s’y aventurent pour prendre leur pied avec les glissades en voiture avant que la couche ne soit suffisamment épaisse. Chaque année plusieurs jeunes sortaient de l’eau les pieds devant.

Son horoscope lui avait prédit aussi d’autres dégels : le dégel de ses relations avec sa copine qui, à force de lui casser les pieds, avait fini par le convaincre de ne pas se prosterner à ses pieds. Mise au pied du mur, il espérait qu’elle lui ferait renoncer de chercher chaussure à son pied ailleurs. Et également le dégel de ses avoirs arméniens mais là, il était pieds et poings liés et il y croyait nettement moins. Il allait tout de même se rendre à la banque pour vérifier cette information mais comme il devait également aller au spectacle de danse du théâtre Marinsky où se produisait Benjamin Millepied, il ne devait pas rester les deux pieds dans le même sabot. Enfin... c’était plutôt dans la même botte.

Ces deux informations lues au pied levé ce matin lui avaient tout de même irrigué dans tout son être une gaieté de bon aloi et lorsque la journaliste de France 2 lui a donné la parole en lui disant  « Bonjour Alban, quel temps fait-il à Saint-Pétersbourg et que disent les habitants sur le changement climatique ? », il a répondu avec entrain : « Il fait un temps à ne pas mettre un pied dehors mais les Russes sont d’un tempérament fataliste et résigné, ils ont les pieds sur terre et ne croient que ce qu’ils voient ; quelques prévisions diffusées par-ci par-là ne peuvent en aucun cas entamer leur profond pragmatisme ».

A peine l’interview finie, il se précipita à la banque et sur sa boîte mails. 

Mariji Cornaton

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