samedi 30 janvier 2016

Sortez avec un parapluie !

( texte composé sur le thème 50, autour du mot pied )

Il pleut. Tu fouilles dans ton sac. Tu es certaine de l’avoir pris ce matin avant de partir. Surprise sur le pas de la porte par le beau ciel bleu, tu te souviens que tu as hésité un instant, l’aurais-tu laissé, finalement ? Non, le voilà, tu appuies sur le déclic et tends la toile. Pour un peu tu chanterais en faisant quelques pas de danse à la Fred Astaire. Tu souris, satisfaite d’avoir encore une fois écouté ton horoscope. « Sortez avec un parapluie » disait-il, et voilà ! Tu marches le long du trottoir, la pluie trempe tes pieds mais n’entache pas ta bonne humeur. Que disait-il encore : « une importante nouvelle va changer votre vie, vous aurez des décisions à prendre » et justement ce soir tu as rendez-vous avec Marc. Une importante nouvelle ! Trois ans que vous êtes ensemble, la bonne nouvelle tu l’attends depuis… Eh bien, c’est aujourd’hui, c’est sûr !

Tu es sortie en avance du boulot, une heure avant, et tu as décidé : grande occasion, nouvelle robe ! Et tout en évitant les gerbes d’eau des voitures qui défilent dans cette rue commerçante, tu organises ta fin de journée : prendre les croquettes pour Catou, passer chercher les résultats au labo, et te rendre à la petite boutique de la rue de Rome, là où tu trouves toujours de jolies choses et tu as envie d’être belle ce soir.

Tu ne te laisses pas effrayer par les gouttes qui ruissellent sur tes épaules, tu vas, légère, perdue dans tes pensées… Il va demander quoi ? Et si nous nous installions ensemble ? Mariage ? Peut- être qu’il faudrait d’abord essayer de vivre ensemble… Hou, hou mais désordonnée comme tu es ! Tu sais qu’il n’apprécie pas le fouillis, tu es déjà allée chez lui et tu sais combien il est ordonné, même ses modèles réduits, son violon d’Ingres, sont rangés tous les soirs à côté des outils qu’il utilise pour les monter et démonter : règle, pied à coulisse, tournevis… Et puis il y a ses réunions ! Tu ne les supportes pas vraiment ces rassemblements : une fois par mois il rencontre des fous comme lui de micro « quelque chose », parle technique, automatisme…Tout ce dont tu ne comprends rien et qui en plus t’indiffère complètement. Une fois par trimestre, le dimanche le plus souvent, avec son association, vous vous rendez sur un terrain pour expérimenter, les gens sont sympas, et vous êtes en plein air, en pleine nature, alors là, c’est cool. Mais quand c’est la soirée et qu’il te laisse seule…

Le mois dernier tu en as profité pour sortir avec tes copines, tu repenses à cette soirée et le rouge monte sur tes joues humides, tu ne veux pas y penser mais tu ne peux pas t’en empêcher, tu te revois dans ce bar, en train de parler et de rire autour de canettes de bière qui s’amoncelaient sur la table. Tes amies autour de toi te taquinent. Chiche, pas chiche… Et tu l’as abordé, une histoire sans lendemain, sans importance, d’ailleurs tu ne l’as plus revu, ça ne compte pas, ça ne doit pas compter, tu étais un peu ivre, tu n’avais plus toute ta tête, la fumée, les copines qui te charriaient… Maintenant tu t’en veux, tu jures à toi-même que ça ne t’arrivera plus…

Tu sors de la supérette, le repas de Catou assuré, et entre dans le labo. Tu te secoues, tu ne veux pas virer au morose. La robe ! Il te faut une robe pour cette belle soirée et en entrant dans la boutique tu vois tout de suite ce qu’il te faut, tu l’essaies, tu tournes devant le miroir, le sourire est revenu, tes yeux rient de tes simagrées, de tes grimaces que tu t’infliges comme pour conjurer le sort… L’horoscope l’a dit « c’est une nouvelle importante » ça ne peut être que ça ! Il te faut des chaussures, des escarpins rouges et comme tes désirs toujours se réalisent la vendeuse te présente des magnifiques talons grenat, avec le chausse-pied qu’elle te tend tu les enfiles et tu effectues encore quelques pas de danse devant la glace fixée sur le mur de la cabine d’essayage.

Tu es dans ton bain, l’eau chaude réchauffe et assouplit tes muscles, tu appuies la serviette qui entoure ta chevelure shampouinée sur le rebord de la baignoire et tu te laisses aller… Devant le miroir de la salle de bain tu traces le contour de tes yeux, tu renforces le rose de tes lèvres et tes yeux rencontrent le reflet de l’enveloppe posée dans l’entrée. Tu jettes un coup d’œil au réveil et tandis que tu cherches le stylet pour l’ouvrir, Catou se faufile et se frotte à tes mollets, il passe et repasse, te caresse et ronronne, mais tu t’écartes, tu crains de filer un bas. Tu déplies la feuille et tu repenses à la fatigue qui s’est abattue sur toi le mois dernier, tu avais même décidé de lever un peu le pied. Et parmi tous ces pourcentages, ces longues formules, le seul mot qui retient ton attention est en rouge : Positif. Tu es saisie, ton regard s’enfuit par la fenêtre, il pleut. Tu n’avais pas pris de parapluie !

SB

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