mercredi 2 décembre 2015

État d'attente

( texte composé sur le thème 48, autour du mot drone )

L’averse avait redoublé de violence à l’arrivée de la jeune femme sur le parking…

Et elle n’avait pas de parapluie ! Le matin, lorsqu’elle avait quitté son domicile en proie à une excitation de fin du monde, il faisait beau mais elle aurait dû le savoir depuis le temps qu’elle effectuait cette migration vers le nord, la température était toujours plusieurs degrés en dessous et elle assistait toujours avec une certaine déception à l’obscurcissement du ciel.

C’est d’ailleurs une des raisons qui l’avaient empêchée de venir s’installer ici, elle en avait avancé d’autres, plus sérieuses, mais la vraie raison était qu’il pleuvait tout le temps. Du moins, c’était son avis, contredit par l’homme qui aurait dû venir l’attendre et qui n’était pas plus présent que le soleil.

Une brusque envie de repartir l’étreignit comme chaque fois que les choses ne se passaient pas comme elle aurait souhaité. Elle était comme ça, l’idée de partir la soulevait d’enthousiasme et à peine arrivée, elle était assaillie par l’envie de rentrer chez elle.

Et si ce n’était les 300 km à faire sous la pluie, du moins les 100 premiers, elle aurait déjà mis le moteur en route. Comme si l’essentiel n’était pas d’arriver mais de partir. Alors, pour ne pas céder à cette pulsion, elle décida de s’installer dans l’attente. Bien calée dans sa bulle d’acier (et de plastique !), le siège repoussé au maximum, elle se mit en état de méditation flottante, de rêve éveillé. Sans perdre complètement pied avec la réalité mais cette dernière devenait un théâtre dont elle était une spectatrice distraite. Une certaine agitation régnait autour de sa voiture, des gens arrivaient, d’autres repartaient, la vie dans toute sa splendeur et sa vacuité. Persuadée intimement que personne ne viendrait, si quelqu’un était venu frapper à sa vitre, il l’aurait dérangée.

Soudain un 4x4 à remorque vint se garer juste à côté d’elle. Elle se tassa un peu plus sur son siège et évita le regard du passager qui, aidé du conducteur, se mit à extraire de la remorque une housse bleu piscine assez volumineuse avant de la hisser sur la pelouse qui leur faisait face, une pelouse qui pouvait finir par une falaise mais elle n’en était pas sûre du tout. Un delta-plane, pensa-t-elle dans sa somnolence. Mais l’appareil s’éleva dans les airs sans ailes, survola le parking et disparut, laissant les deux hommes le nez en l’air.

L’averse avait cessé et elle n’avait plus besoin de parapluie. Elle n’avait plus besoin de rien, même pas de savoir le nom de cet objet volant étrange. Si ce n’était la réalité qui l’obligeait à savoir en lui imposant la lecture de ‘’drone-club’’ sur le flanc du 4x4. Agressée par cette réalité trop bavarde et désireuse de retrouver son néant, elle rabattit les deux pare-soleil, inclina son siège puis elle se roula en boule et sombra dans un bref sommeil de plomb.

Mariji Cornaton

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