jeudi 3 décembre 2015

Déluge (2)

( texte composé sur le thème 48, autour du mot drone )

Retrouvez la première partie sur la page : Déluge (1)


... « Eh, oh, venez vous mettre à l’abri ! »

C’est alors que Julie aperçut la camionnette. Il y avait de la lumière à l’intérieur, et, sur le tableau de bord était posée une bougie ou quelque chose du même genre. Ce lumignon éclairait une jeune femme dans une tenue ne laissant pas de doute sur son activité.

L’image de ces femmes vues autrefois à Bruxelles, dans des vitrines, lui vint tout de suite à l’esprit. Julie n’avait rien contre elles ; elle considérait que les exigences d’un client étaient innocence et candeur comparées à celles de groupuscules terroristes qui mettaient le monde à feu et à sang et dont les hommes politiques feraient mieux de s’occuper. Mais voilà, la morale était ainsi faite qu’elles étaient pourchassées comme la peste et Julie se demandait si les ronronnements qu’elle entendait parfois quand elle venait sur ce parking n'étaient pas le fait de drones de surveillance.

Elle se demandait ce qui se passerait si on la trouvait dans cette camionnette en compagnie d’une dame dite « de petite vertu ». En réalité ce n’était pas le moment de se poser ce genre de questions. De toute façon la vertu étant affaire d’appréciation avait la faculté de varier fortement avec les époques.

Julie avait froid, elle était trempée jusqu’aux os et fatiguée ; elle savait bien qu’elle n'allait pas changer le monde et ce n’était pas sa faute si le monde avait des problèmes avec le cul. Elle s’approcha de la voiture et la porte s’ouvrit :

« Montez, vous allez attraper la mort ! »

Julie monta, elle tremblait comme une feuille, à cause du vent, à cause de l’eau, à cause du froid et à cause aussi de la situation dans laquelle elle se trouvait.

« Déshabillez-vous, je vais vous prêter de quoi vous changer ! »

La jeune femme paraissait plutôt sympathique, elle avait des formes susceptibles d’attirer la gent masculine, Julie la jaugea du regard et pensa que leurs mensurations respectives devraient s’accorder. Il y avait ce qu’il fallait là où il fallait. Mais un restant de pudeur la fit hésiter à se mettre nue devant elle.

La jeune femme tira le rideau qui séparait la cabine de l’arrière de la camionnette, et l’invita d’un signe de la tête à suivre son conseil.

« Vous pouvez vous mettre derrière si vous voulez... »

Derrière le rideau il y avait une armoire avec des vêtements, et un grand lit.

« Faites comme chez vous ! »

Julie s’était changée, il faisait chaud dans le camion, et même si le lit n’était là que pour des occasions passagères, il était accueillant. Elle s’y allongea. Puis elle se roula en boule et sombra dans un bref sommeil de plomb.


Notal

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