mardi 10 novembre 2015

Sylvie

( texte composé sur le thème 48, autour du mot drone )

L'averse avait redoublé de violence à l'arrivée de la jeune femme sur le parking. Comme elle était un peu en avance elle attendit quelques minutes avant de sortir de sa voiture. Les yeux dans le vague elle regardait la pluie ruisseler sur son pare-brise. Comment allait-elle la retrouver après une si longue absence, se demanda-t-elle ? La reconnaîtra-t-elle seulement ? Je n'aurais pas dû accepter ce rendez-vous. Que vais-je lui dire ? Quelles raisons vais-je pouvoir lui donner ? Comment lui dire la vérité sans la blesser ? Elle sentit la peur monter en elle et pour tenter de contrôler cette agitation intérieure, elle tira précipitamment son parapluie de dessous son siège, ouvrit la portière et sortit faire quelques pas dehors.

C'est alors qu'elle l'aperçut de dos, en train de se recoiffer devant la devanture d'une boutique. Sans nul doute, c'était bien elle ! Qu'elle paraissait belle maintenant, perchée sur ses hauts talons !

En un éclair de temps elle retourna à son véhicule, introduisit sa clé dans le démarreur et sortit subrepticement du parking. Son cœur battait si fort la chamade qu'elle eut peur un moment qu'on l'entende de l'extérieur. Plongée dans ses pensées, elle roulait à trente à l'heure et se dit qu'elle avait encore quelques minutes pour réfléchir. Pourquoi donc avait-elle si peur de la rencontrer ? Est-ce la violence des mots qui pouvaient être prononcés, est-ce le tintamarre assourdissant des non-dits qui allaient l'envelopper dans un mutisme dont elle ne pourrait sortir ? A quoi bon donc ! Le plus terrible, se dit-elle, c'est qu'elle ne savait finalement pas pourquoi elle était partie, comme ça sur la pointe des pieds, sans rien dire, sans le début d'une explication qui aurait pu permettre de construire une histoire, son histoire peut-être !

Et pourtant, l'autre jour quand elle avait accepté ce rendez-vous elle s'était sentie prête pour affronter une certaine vérité. J'ai été lâche, d'accord, je croyais avoir changé, mais je suis toujours aussi lâche. Je suis nulle, archinulle et rien ne pourra plus me faire changer.

Envahie par la honte, elle appuya sur l'accélérateur, ouvrit très fort la radio pour chasser le bruit insupportable du drone qui semblait tourner autour de sa voiture comme pour l'obliger à faire demi-tour et rentra soudainement chez elle. Après avoir suspendu sa veste ruisselante, elle jeta son sac sur le canapé, puis elle se roula en boule et sombra dans un bref sommeil de plomb.


C. Didier
 

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