lundi 30 novembre 2015

Déluge (1)

( texte composé sur le thème 48, autour du mot drone )

L’averse avait redoublé de violence à l’arrivée de la jeune femme sur le parking. Le temps de se garer et le ciel était devenu d’un noir d’encre. Un déluge venu du ciel martelait maintenant le toit de la Twingo en faisant un bruit assourdissant. Il n’était pas question de sortir de la voiture tant que l’orage ne serait pas un peu calmé. Dehors le sol bitumé du parking n’était plus qu’une vaste mare dont le niveau commençait à monter d’une façon inquiétante et Julie se demandait jusqu’où ça pouvait aller. Un rideau d’eau descendait du toit et elle ne voyait plus grand-chose à travers les vitres. La radio qu’elle avait allumée n’émettait plus maintenant que des crachotements incompréhensibles entrecoupés parfois par un morceau de musique. Dans sa tête des images de l’Ouvèze quand elle avait débordé tournaient en boucle. Des voitures avaient été emportées par le courant et des gens s’étaient noyés, les dégâts avaient été considérables. Depuis, on avait sans doute pris des mesures pour que pareille catastrophe ne se reproduise plus. En tout cas on pouvait l’espérer. « Plus jamais ça », disait-on toujours dans ces circonstances.

Soudain elle perçut un choc contre la voiture, avec un bruit un peu sourd, dont elle ne comprit pas tout de suite l’origine. Ça devait faire plus d’une heure qu’elle était là à attendre que la pluie cesse et ça n’avait pas l’air de vouloir s’arrêter ; par moments on avait l’impression au contraire qu’elle s’intensifiait. Il allait bien falloir prendre une décision, faire quelque chose ; elle actionna les essuie-glaces, mais ils avaient bien de la peine à chasser l’eau qui ruisselait sur les vitres. Entre deux battements elle avait quand même pu voir ce qui se passait. Le niveau d’eau avait monté dans le parking et des planches avaient été emportées par le courant qui s’était créé. L’une d’elles sans doute était venue frapper la voiture.

L’inquiétude grandissait pour Julie ; « Je ne peux pas rester là sans rien faire ! », pensa-t-elle tout haut, comme pour se rassurer. Mais le parking était en forte déclivité et la sortie, bien entendu, était en bas, là où, sans doute, il y avait beaucoup plus d’eau. De quoi être emportée par le courant. En haut, à l’extérieur du parking, la route montait sur la colline ; si elle pouvait l’atteindre elle y serait à l’abri de la montée des eaux, mais elle en était séparée par un talus où poussait une haie touffue et épineuse impossible à traverser en voiture.

Quand elle vit l’eau apparaître sous la porte de la voiture, Julie pensa qu’elle n’avait plus le choix, elle voyait déjà en esprit sa voiture emportée par le courant et retournée comme un fétu de paille. Elle mit alors son sac en bandoulière, enleva ses chaussures à talons qu’elle fourra dans le sac, remonta sa minijupe jusqu’à la taille, puis elle respira un grand coup et ouvrit la portière.

La pluie lui cingla le visage aussitôt, l’eau froide lui monta jusqu’aux mollets, et, dans sa voiture, la radio comme pour lui faire mieux saisir la situation se mit à jouer « Les quatre saisons » de Vivaldi.

Elle jeta un coup d’œil aux alentours pour voir si quelqu’un pouvait l’aider. Il y avait des voitures à moitié dans l’eau mais aucun signe de vie. Des objets divers et hétéroclites emportés par le courant passaient à proximité.

Elle se mit alors en route vers un passage de la haie qu’elle avait repéré et qui lui paraissait moins touffu que les autres.

Au fil du courant elle récupéra une sorte de branche à laquelle elle s’agrippa et qui lui servit de bâton pour l’aider à progresser. Elle avançait dans l’eau péniblement avec la crainte à tout instant de marcher sur un objet pointu et agressif. Ses collants étaient une bien faible protection contre ce genre d’agression. De temps en temps elle s’arrêtait pour chasser les cheveux qui lui tombaient sur le visage en dégoulinant. Elle s’assura que son sac était bien en place et repartit avec courage. Parfois une rafale de vent violent venait s’engouffrer sous sa minijupe la faisant gonfler comme la voile d’un bateau et la déséquilibrant.

Arrivée au talus, dernier obstacle à franchir, elle s’aperçut qu’elle avait perdu ses chaussures, elles avaient dû tomber de son sac qu’elle n’avait pas fermé correctement. Elle était trempée comme une soupe et le froid lui faisait claquer des dents. Ses collants n’avaient pas résisté au traitement qu’elle leur avait infligé, et elle attaquait la montée les pieds nus.

Le visage, les bras et les jambes griffés par les ronces, les pieds glissant dans la boue, elle se mit à remonter lentement le talus. Mais alors qu’elle se débattait encore dans les dernières branches de la haie elle entendit qu’on l’appelait...

Notal

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