samedi 17 octobre 2015

La Vierge à l'hirondelle

( texte composé sur le thème 47, autour du mot marche )

Les grands on les connaît, tout a été dit sur eux. Les Michelange, Léonard de Vinci, Véronèse etc… Mais ils éclipsent des tas d’autres artistes. A la National Gallery de Londres, nous avons entrepris de répertorier les artistes italiens de la Renaissance dits "mineurs" mais pour éviter les monographies ennuyeuses, nous avons opté pour la forme de devinette. Nous décrivons le tableau en le plaçant dans le temps et l’espace mais nous taisons le nom du peintre... Projet louable ! Si nous avions su que cela serait un tel marathon, nous aurions peut-être réfléchi à deux fois. Mais c’est lancé ! Lorsque le marcassin est tué, il faut le manger. Enfin, ce n’est peut-être pas tout à fait ça mais vous aurez compris.

J’ouvre l’album au hasard à la page du mardi 24 juin. Elle concerne "La Vierge à l’hirondelle". Ce tableau d’un style gothique flamboyant offre un déluge de volutes, de fleurs, marguerites ou autres fleurs - difficile de savoir -, d’encorbellements, de corniches, de plis , replis et surplis, de coquillages, d’arabesques, de fruits et de lierre… Il se trouvait à l’origine dans une église de Matelica, petite ville des Marches en Italie, région située entre l’Emilie-Romagne et les Abruzzes. Les Anglais l’ont achetée dans les années 1860-1870 à l’époque où l’Unité italienne mettait tout le monde sens dessus dessous et ôtait la vigilance aux habitants. Il a été peint à peu près au même moment où Christophe Colomb découvrait l’Amérique.

La Vierge est assise sur une prédelle en marbre. Elle porte une jupe noire très ample que l’on croirait confectionnée en hommage à Bacchus tant elle est richement décorée de pampres de vigne et de grappes de raisins. Sa tête est recouverte d’un châle dans la même texture. Une marche plus bas, à sa gauche, un très jeune page à l’aspect efféminé semble s’être immobilisé à l’instant sur un pas de danseur. Il offre un raisin à l’enfant Jésus qui tient déjà une grosse pomme et de sa main gauche il couve une épée pour ne pas oublier d’honorer Mars. Sur la gauche du tableau, un prélat portant chapeau, vêtement rouge vif et longue barbe blanche, montre d’une main blanche et rageuse, un objet qu’un esprit inculte pourrait prendre pour une marmite mais qui est, selon toute vraisemblance, un baptistère miniature posé sur les livres saints qu’il tient de sa main droite. Seul le bout d’une de ses chaussures noires qui sort des plis de son immense manteau rouge donne à cet homme une touche humaine et tendre.

Et tout en haut, sur la plus haute corniche du trône sur lequel est assise la Vierge, une hirondelle noire apporte sa touche de légèreté et de fraîcheur.


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‘’La Vierge à l’hirondelle’’ a été peinte par Carlo Crivelli, peintre italien de la Renaissance, né vers 1435 à Venise et mort vers 1494 à Ascoli Piceno dans la province des Marches en Italie où il a vécu une grande partie de sa vie et où il a produit l’essentiel de ses œuvres. Avant de s’installer dans cette région, il a été formé par Mantegna et Bellini.

Une marche, dans le système féodal, est un territoire situé entre deux États, dont la responsabilité était confiée à un marquis ou margrave. C’était le cas en Italie, pour cette région placée entre l’Emilie-Romagne ( Bologne) et les Abruzzes ( Pescara).


Mariji Cornaton

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