lundi 18 mai 2015

Le jardinier des contes

( texte composé sur le thème 43, autour du mot clef )

Il était une fois et bien loin d’ici, un jardinier du Palais appelé Nasredine, amoureux en secret de la Princesse Royale. Il l’apercevait parfois se promenant dans la roseraie avec ses suivantes, mais n’avait jamais pu l’approcher. Ce qu’il avait entendu dire d’elle, était sa très grande beauté et son goût pour les contes. Nasredine s’exerçait lui même à en inventer et se dire qu’ils pouvaient partager la même passion lui réjouissait le cœur.

Un beau jour, des envoyés du Palais furent chargés d’aller aux quatre coins de la ville annoncer haut et fort une grande nouvelle. Pour plaire à la Princesse, était organisé un concours de contes. Ceux-ci devaient être déposés sous enveloppe dans une grande boîte rouge installée devant la Porte de l’Espoir. Le gagnant du concours recevrait le titre de « Conteur officiel de la Princesse Royale » et aurait, de ce fait, ses entrées au Palais.

Nasredine, on s’en doute, se hâta de concourir.

Quelque temps après, on annonça que le concours était un succès. Plusieurs centaines de contes avaient été déposés dans la grande boîte rouge, surveillée par deux gardes en uniforme de parade, les mains sur le pommeau de leur sabre. Deux de ces contes avaient été sélectionnés, celui de Nasredine lui-même et celui du fils d’un riche trafiquant d’esclaves, nommé Goha.

Nasredine qui avait sauté de joie en apprenant qu’il faisait partie des heureux finalistes se présenta devant le Grand Chambellan. Celui-ci le reçut plutôt aimablement. C’était un gros homme, amateur de loukoums, dont le ventre débordait sur le dessus de son bureau. Il portait un turban orné d’une pierre précieuse qui avait la taille d’un bouchon de carafe. Il déclara : « La Princesse a apprécié ton conte, mais a regretté de ne pas y trouver plus de piquant, d’aventure, de dépaysement, de poésie, de hardiesse stylistique… En un mot, il faudrait maintenant que tu possèdes la clef des contes. »

Nasredine s’inclina très bas, se retira en marchant à reculons et revint chez lui en soupirant : « Il faudrait que je possède la clef des contes ! ». Il comprit qu’il ne suffisait plus de se confier aux roses du jardin royal, d’écouter les récits des voyageurs dans les bouges du port. Cette fois, pas de doute, il s’agissait bien de magie et il fallait recourir à un spécialiste.

Nasredine passa plusieurs nuits à parcourir la palmeraie en tout sens, appelant sans succès le magicien. La troisième nuit, une silhouette se dressa dans l’obscurité. C’était enfin lui, comme il le reconnut à son habit de lune.

« Je ne te demande pas ce que tu cherches, dit le magicien, je le sais. Tu cherches les secrets du conte.

– Oui Maître. C’est le souhait de tout mon cœur.

– Ces secrets, je ne peux pas te les transmettre moi-même, mais je peux t’indiquer où les trouver. Tu vas aller dans le quartier des artisans et de leurs ateliers, au bord du fleuve. Là tu trouveras ce que tu cherches

– Mais comment reconnaître l’endroit ? Il y a beaucoup de boutiques au bord du fleuve.

– Tu observeras les enseignes et les portes. Sur l’une d’elles, tu pourras lire : LA NOUVELLE MOGNOTERIE. C’est là. En voici la clef. »

C’était une grosse clef ouvragée en cuivre, sur l’anneau de laquelle était gravée la formule magique : USB.

Nasredine remercia le magicien et courut à l’endroit indiqué. Grâce à la clef, il entra facilement dans l’atelier, qui était en réalité un atelier d’écriture. Il découvrit une grande pièce aux parois tapissées de petits fichiers. Dans ces fichiers qu’il put facilement ouvrir avec la clef, quantité de textes de toutes sortes. Il passa la nuit à en lire, à s’en inspirer et, au matin, estima avoir acquis l’essentiel des secrets de l’art de l’écriture.

Le jour fixé pour l’épreuve finale du concours, Nasredine, très confiant, se dirigea en chantonnant vers la grande boîte rouge. Il tenait à la main l’enveloppe contenant son manuscrit. C’est alors qu’il fut assailli par une bande de malandrins qui le précipitèrent à terre, le rouèrent de coups et lui dérobèrent la précieuse enveloppe. Il ne douta pas un instant que l’embuscade ait été tendue par les sbires de son rival, Goha.

Nasredine rentra chez lui aussi vite qu’il put, y trouva une copie du texte qu’il avait heureusement sauvegardé, suivant ainsi le conseil affiché au mur de l’atelier. En boitillant, il reprit le chemin de la Porte de l’Espoir par des ruelles détournées. Il arriva à l’heure limite pour déposer son conte dans la grande boîte rouge, juste avant que les gardes ne l’emportent

Le lendemain, Nasredine fut déclaré gagnant du concours et  « Conteur Officiel de la Princesse Royale ». Il lui fut présenté, ils se plurent, se marièrent, furent heureux...

… et ensemble conçurent beaucoup de contes.

GP
 

Aucun commentaire: