lundi 27 avril 2015

Les dessous de l'affaire

( texte composé sur le thème 42, autour du mot gomme )

Quand on me demande : « Et vous, quel sport pratiquez-vous ? », j’hésite un peu avant de répondre : « Moi, c’est le yoga ». Parce que le yoga, bien que ce soit sous un certain angle une activité physique, n’est pas vraiment un sport et aussi parce que cela ne fait pas très viril, comme le rugby, le parapente ou encore mieux l’haltérophilie. De fait, dans un cours de yoga, les hommes sont presque toujours minoritaires. Actuellement, par exemple, au cours d’Evelyne, nous sommes deux hommes – Jean-Luc et moi – pour six femmes. Comme les séances se tiennent dans la salle du Centre Social, il n’y a pas de vestiaires séparés. On se change tous ensemble dans la cuisine en posant nos habits qui sur le four à micro-ondes, qui sur le frigo ou bien sur la table, sur les tabourets. Apparemment cette situation ne pose pas de problème : nous ne sommes pas des voyeurs.

La semaine dernière, Evelyne nous annonce qu’il va y avoir une nouvelle et voilà qu’arrive une fille sensationnelle, mince, bien pourvue, des yeux de biche, bref un charme fou : « Une vraie affaire », comme dirait mon beau frère. Elle jette un regard circulaire un peu étonné au vestiaire cuisine où nous étions tous en train de nous changer, ressort, s’entretient quelques instants avec Evelyne qui l’emmène se mettre en tenue dans le petit bureau du Centre Social. A son retour nous assaillons Evelyne de questions : «  Qu’est-ce qu’elle t’a dit ? », « Qu’est ce qui ne lui a pas plu ? ». Elle nous répond : « Elle a simplement dit que si elle avait su que le vestiaire était ainsi… mixte, elle n’aurait pas mis ces dessous. C’est tout. ». Cela fait rire tout le monde, surtout les femmes, il me semble.

Après le cours, faisant un bout de chemin ensemble Jean-Luc et moi, nous revenons sur cette scène. Jean-Luc affirme que la fille devait porter des dessous hyper sexy et qu’elle avait pensé être trop provocants. J’avance une autre hypothèse. Sa gêne pourrait aussi s’expliquer parce qu’elle avait, au contraire, mis des sous-vêtements trop sages, trop couvrants, du style culottes de pilou. Elle aurait alors jugé que cela pouvait être perçu comme un manque d’égards par la représentation masculine, même réduite. Qui a raison ? Pas moyen de le savoir. « Mystère et boule de gomme », comme dirait mon beau-frère.

C’est avec une certaine curiosité que nous arrivons à la séance suivante. Qu’aura décidé la fille pour faire face à cette situation embarrassante ? S’adapter à la fois à un public féminin et à un public masculin était sans doute pour elle un problème insoluble : « l’affaire » n’est pas revenue au cours de yoga.

GP
 

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