mardi 24 mars 2015

Zarvolter, au XVIIIe siècle...

( texte composé sur le thème 41, autour du mot zarvolter ) 

Dans ce dix-huitième siècle des Lumières, François-Marie Arouet a plusieurs fois payé de la Bastille son dégoût du virage et de la veste. Il ne fallait pas compter sur lui pour tourner cette dernière ni faire volte-face. Il n’avait pas vingt-cinq ans qu’il eut l’idée de traduire cela dans son nom, en y ajoutant un zeste de révolte.

La Tsarine aimait beaucoup ce philosophe qui défendait le principe du despote éclairé où elle entendait surtout l’adjectif éclairé. Sinon il ne lui aurait jamais écrit autant de lettres, il détestait tellement les despotes. Il avait assez tempêté contre l’autorité de celui qui sévissait en France et contre les nobles qui bargousaient* autour de lui.

Il est légitime de se demander si, à la faveur de ce lien virtuel qui comme tous les liens virtuels, permet de s’enlieuner* sans risque, la tsarine ne serait pas tombée amoureuse de ce penseur si prolixe et si intelligent qui la tirait vers l’Occident. Un esprit retors tel que seuls les nobles peuvent en générer pourrait en conclure sans peine que, laissant les idées de côté, elle aurait volontiers fazouné* avec lui, si toutefois, il avait été plus jeune : Catherine de Russie préférait les jeunes amants, vingt ans de moins qu’elle cela ne lui faisait pas peur. Prudent et averti des mœurs violentes de Saint Pétersbourg, François-Marie Arouet s’était bien gardé de passer du virtuel au réel.

Bien qu’elle fût très fière d’être assise sur un des trônes les plus prestigieux d’Europe, Catherine de Russie aurait aimé parfois faire comme lui, se donner un surnom pour avoir la liberté de dire le fond de sa pensée sans craindre les volte-face de ces faux amis. De Tsarine, elle aurait bien aimé volter vers Za…quelque chose. Comme Zavadovski, un de ses nombreux amants à qui cela n’a pas porté chance. Dans la peau de celui qui dit la vérité, son épistolier ne put que l’encourager à s’inspirer de Zadig mais elle écrivit un texte intitulé Nakaz, beaucoup plus classique et elle dut rappeler à son fidèle conseiller qu’elle ne vivait pas en France où la caricature est permise mais dans un pays violent ayant le sens du tragique, où les Tsars meurent presque tous assassinés.

Il ne l’en a pas moins félicitée et l’encouragea au contraire à continuer cette œuvre précieuse pour les générations suivantes, tout en se disant qu’il n’avait réussi qu’à la faire zarvolter* qu’à moitié. Comme si elle entendait ses pensées à distance, elle lui avoua que le surnom qu’il s’était donné lui plaisait assez, à condition qu’il en changeât l’orthographe : en effet, même si on prononce le dernier r, Volter, pour un homme qui a écrit tant de pamphlets sur l’aristocratie qui vole les terres et qui n’a pas voulu se taire, n’est pas suffisamment percutant :

– Appelez-vous Voltaire un point c’est tout !

Il la remercia vivement de cette suggestion, car en effet cette orthographe résumait à merveille sa personnalité : ni se taire, ni volter de bord.



Zarvolter : Au XVIIIe siècle, pour un personnage important, le fait de s’abriter derrière un pseudonyme pour dire ses quatre vérités aux autres puissants.

Bargouser : Comploter.

S'enlieuner : Se perdre dans des rêves érotiques à distance.

Fazouner : Se livrer en réel à ces rêves érotiques.


 Mariji Cornaton

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