mardi 24 février 2015

Courage !

( texte composé sur le thème 40, autour du mot bouche )

Tout mouillé de chaud, je commençais à regretter l’impulsion qui m’avait conduit à gagner à pied la chapelle de ND du Mai, alors que les autres avaient projeté d’y monter en voiture.

Le début de la course avait été des plus agréables. Le chemin sablonneux assez large progressait dans la forêt de Janas, les pins sentaient bon la résine, les cigales stridulaient. Je compris vite que ce n’était qu’une agréable mise en bouche. Le bon chemin se transformait en sentier rocailleux à pente abrupte. Au fur et à mesure de la montée, la végétation s’étant raréfiée, je progressais laborieusement dans le maquis. Les pierres roulaient sous mes pas. Je regrettais d’avoir eu la bêtise de mettre ces souliers de marche tout neufs et qui me faisaient maintenant souffrir. Le soleil tapait dur et je dus bientôt quitter ma chemise et me la nouer autour de la taille. Ce qui devait être une belle balade se transformait en cuisante corvée. Arrivé à un petit ressaut et pressentant que le sentier allait encore monter plus, j’hésitai à continuer, envisageai d’abandonner et de revenir sur mes pas. Tant pis, j’en serais quitte pour subir les plaisanteries de mes amis. C’est alors que non loin d’un petit pin rabougri et sculpté par le vent, j’aperçus quelque chose d’écrit sur une lauze. Je m’approchai et lus : BRAVO ! TU AS FAIT LE PLUS DUR.

Dans l’état d’épuisement et d’énervement où j’étais, cette inscription eut d’abord l’effet de me faire sourire, puis de m’émouvoir. Je rencontrais ici un regard fraternel. Quelqu’un m’avait compris, m’encourageait. C’était naïf, enfantin même, mais le résultat était là : maintenant, je ne pouvais plus reculer et n’en avais même plus envie. Je repris ma lente progression mais j’étais maintenant comme allégé. Le maquis me paraissait amical. Un petit vent marin me rafraîchissait. Arrivé sur la crête, j’aperçus tout en bas la côte ourlée d’écume, la rade et les îles d’Or. C’était la vraie récompense. Je retrouvai mes amis accoudés à la barrière du belvédère devant la chapelle. Je ne fis naturellement aucune allusion aux difficultés rencontrées dans mon ascension, ni à ma crise de découragement.

Redescendant avec moins de peine par le même sentier, je me demandais qui avait bien pu tracer ces mots, ce message qui m’avait tant aidé. Je remâchais l’aphorisme de Freud : « Avec des mots, un homme peut rendre ses semblables heureux ou les pousser au désespoir ». Arrivé au replat, je m’arrêtai pour revoir la fameuse inscription. Je me tournai de tous côtés, m’éloignai, revins sur mes pas, vérifiai que j’étais bien au niveau du pin rabougri. Je ne trouvai aucune inscription. Peut-être même n’y en avait-il jamais eu.

GP

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