samedi 11 octobre 2014

Dans les beaux quartiers

( texte composé sur le thème 36, autour du mot quartier )

C’est l’histoire d’un gamin, un véritable fils de pute au sens propre du terme. On l’appelle Momo, mais son vrai nom c’est Mohamed. Il a une dizaine d’années mais il n’est pas très sûr de son âge. Sa mère l’a abandonné à une vieille femme qui l’élève comme elle peut... Et comme il le dit lui-même : "On habitait au sixième à pied et pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu’elle portait sur elle et seulement deux jambes, c’était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines". Il parle comme on parle dans les quartiers pauvres de Paris à cette époque. Son éducation, ce sont les voisins qui l’on faite, avec tout ce qu’il y a de multiracial et de multiculturel dans son immeuble et son quartier. Il a des expressions qui sont celles qu’il a retenues en écoutant les adultes, mais qu’il a compris à sa manière.

"On était alors sept chez Madame Rosa, dont deux à la journée, que Monsieur Moussa l’éboueur bien connu déposait au moment des ordures à six heures du matin, en l’absence de sa femme qui était morte de quelque chose."

Madame Rosa est une ancienne « professionnelle », reconvertie dans la garde d’enfants et qui a bien du mal à expliquer à tous ses enfants pourquoi ils n’ont pas de parents :

"Écoute Momo, tu es l’aîné, tu dois donner l’exemple, alors ne nous fais pas le bordel ici avec ta maman. Vos mamans, vous avez la chance de ne pas les connaître, parce qu’à votre âge, il y a encore la sensibilité, et c’est des putains comme c’est pas permis, on croît même rêver des fois. Tu sais ce que c’est une putain ?

– C’est des personnes qui se défendent avec leur cul."

Mais Momo sait que Madame Rosa va bientôt mourir, et lorsqu'un jour une jeune femme s’intéresse à lui  il commence à rêver.

"Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais j’ai eu un coup d’espoir. C’est pas que je cherchais à me caser, je n’allais pas plaquer Madame Rosa tant qu’elle était encore capable. Seulement il fallait quand même penser à l’avenir, qui vous arrive toujours sur la gueule tôt ou tard et j’en rêvais la nuit, des fois. Quelqu’un avec des vacances à la mer et qui ne me ferait rien sentir. Bon, je trompais Madame Rosa un peu mais c’était seulement dans ma tête quand j’avais envie de crever. Je l’ai regardée avec espoir et j’avais le cœur qui battait. L’espoir, c’est un truc qui est toujours le plus fort, même chez les vieux comme Madame Rosa ou Monsieur Hamil. Dingue."

Madame Rosa ne veut pas mourir à l’hôpital et Momo fera tout pour qu’elle bénéficie du droit sacré "des peuples à disposer d’eux-mêmes" qui n’est pas respecté par l’Ordre des Médecins.


Ce livre, écrit en je, est une prouesse littéraire, et de plus une belle histoire pour laquelle Émile Ajar a été récompensé par le prix Goncourt en 1975. Prix obtenu pour la deuxième fois puisque Émile Ajar n’est autre que Romain Gary qui l’avait déjà obtenu en 1956 pour « Les racines du ciel ». Son titre : « La vie devant soi » !

Notal

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