dimanche 14 septembre 2014

Le gros névé de la face nord a disparu !

( texte composé sur le thème 35, avec le mot tour )

– Mais le glacier a disparu ! s’exclama un homme du groupe au débouché du col.

– Il a disparu depuis quelques années déjà ; ce n’était d’ailleurs pas un glacier, c’était un gros névé, corrige le chef de bande.

– C’est le réchauffement climatique, ajoute un autre…

– Et pourtant ce matin, il ne faisait pas chaud : j’ai fait deux tours de cou avec mon cache-col.

La troupe marchait depuis deux heures déjà ; elle avait donné un tour de clé au chalet de Montmin à 7 heures puis avait gravi le chemin dans les alpages jusqu’au col de l’Aulp sous cette énorme barre rocheuse qui les surplombait depuis le début et qu’il leur fallait contourner. Du col, elle avait fait une petite halte pour admirer le paysage sur le lac d’Annecy dont ils avaient fait le tour quelques jours auparavant pour se mettre en jambes.

Ils avaient presque terminé la longue ascension face aux courbes de niveaux entre le col de l’Aulp et la première brèche dans la barre rocheuse. Le guide, qui avait plus d’un tour dans son sac, les encourageait en leur disant qu’au-delà de la brèche, le chemin prendrait un tour plus humain, en s’élevant en douceur entre les pierres et les plaques d’herbe souple comme de la moquette.

– C’est bien dommage d’avoir à faire le contour de cette montagne au lieu de l’attaquer de front… On fait deux fois le chemin ! soupira une femme.

Le plus alpiniste de tous qui faisait office de guide fit observer qu’en montagne c’était généralement le cas, il était très rare d’attaquer une montagne de front :

– D’ailleurs si on le fait, elle se venge en nous jouant de sales tours !

– Des tours de c…, confirma la récalcitrante qui devait commencer à ressentir une certaine fatigue après trois heures d’ascension.

– On va faire une pause, proposa le chef. Cela va me permettre de faire un petit tour dans ce pierrier où des marmottes sifflent depuis un petit moment.

Ce fut aussi le débridement du bavardage et de quelques tours d’esprit.

Au cours de cette pause bienvenue, la plus artiste de tous se laissa aller à vagabonder sur les formes de la Tournette :

– On dirait un château fort cette Tournette, il y a la grosse tour carrée au milieu, et autour des petites tours rondes.

– Avec un peu d’imagination, corrigea sa plus proche compagne, tu pourrais voir des canons et des soldats derrière… Mais tu n’as pas apporté ton carnet de croquis ?

– Si, si…

Elle se mit à dessiner ce qu’elle avait sous les yeux, corrigé par ses filtres à elle. Elle le tendit en face d’elle, ce qui permit à sa voisine de lui dire :

– Y'a pas à dire, tu as un sacré tour de main… Avec trois ou quatre traits, quelques hachures, tu fais le tour de la question !

Le chef revint ravi d’avoir pu approcher les marmottes :

– J’étais à contre vent, elles ne m’ont vu qu’au dernier moment, c’était sublime et lorsqu’elles se sauvent, leur gros derrière ressemble à une tour de Babel ; elles ont un de ces tours de fesses !

La marche reprit. Dans la caillasse de la dernière ascension, un passage délicat mit une des participantes dans l’embarras (ce sont toujours les femmes vous remarquerez qui sont dans l’embarras, les hommes sont censés n’avoir jamais mal aux pieds, jamais le vertige, n'être jamais fatigués…). Justement elle se plaignit d’avoir le vertige.

Le chef s’arrêta et s’approcha d’elle :

– Je vais te donner un truc : lorsque tu sens que tu prends le vertige, tu fais deux tours sur toi-même très rapidement et deux tours dans l’autre sens aussi rapidement. Cela remet la cochlée en place et fait disparaître la sensation de vertige.

– C’est un sale tour que tu me joues, c’est encore pire !

– Dans ce cas-là, tu fais peut-être un pic d’hypoglycémie, tu manges deux sucres. Et puis Paul Veyne a dit l’autre jour à La Grande Librairie que le vertige, ça n’existe pas. Si tu le ressens une fois, la deuxième fois c’est fini.

– Je ne suis jamais allée au-delà de la première fois !

– Et pourtant tu en as fait des tours en montagne, le tour du Mont Viso, le tour du Queyras, le tour du Grand Paradis…

– Ah ça pour sûr et celui-là, il m’a joué un sacré tour… J’ai bien cru que c’était l’enfer : quatre heures de plus que prévu ! A l’arrivée, j’avais perdu 2 cm de tour de taille.

Puis ce fut le tour d’une autre d’avoir le vertige. Alors le guide du groupe se mit presque en colère :

– Mais vous avez fait quoi cette nuit ? Vous savez, avant une grande course comme celle-ci, il est conseillé de faire le tour du cadran !

– Ça ce sera pour ce soir sans aucun doute…. à moins que le refuge ait également disparu !

 Mariji Cornaton

Aucun commentaire: