mercredi 4 juin 2014

L'inspiration

( texte composé sur le thème 32, autour du mot limite )

Mon prénom, c’est Victor. Je suis en quatrième au collège Bonnefond.

Voilà mon souci. Le prof de français nous a donné comme sujet de rédaction : « Écrivez un récit au cours duquel un personnage est intrigué par la découverte d’un appareil photo ou d’une simple photo ». D’abord, je trouve ça pas très vraisemblable cette histoire de trouver un appareil photo. Pourtant, ça m’est arrivé, mais ce n’était pas un vrai. Pendant les vacances, sur la plage, je m’amuse par désœuvrement à faire et à défaire d’assez grosses montagnes de sable. Mes doigts butent sur un morceau de plastique noir. C’est un appareil photo jouet, assez bien imité. Le dos de l’appareil est très mou, très souple lorsque l’on appuie avec les deux pouces. Je vois tout de suite que c’est prévu pour fonctionner comme une sorte de pistolet à eau. Je vais au bord de la mer, je remplis l’appareil, je presse et par le devant, là où cela imite l’objectif, gicle un jet d’eau très fin mais très puissant. J’ai bien envie d’essayer en vrai. Je m’approche à pas de loup de mon père qui est sous le parasol, affalé sur son pliant, en train de lire son journal de finances. Je fais : « Oh, oh ! », il lève la tête et hop, je lui balance le jet d’eau. Il n’apprécie pas du tout et se lève en criant : « Non, non. Il y a quand même des limites ! » et je prends une baffe. Je ne peux quand même pas raconter ça dans le devoir : c’est tout bête…

Le prof de français nous dit toujours : « Laissez-vous porter par l’inspiration ! », mais moi je n’en ai pas d’inspiration. Hier, mon père me demande à quoi je suis en train de rêvasser. Je lui explique cette histoire de découverte d’appareil photo et que je n’ai pas d’idées. Mon père dit toujours qu’il est un homme à idées et même que l’on n’en tient pas assez compte dans sa boîte. Il veut bien collaborer : « Pas plus tard qu’hier, j’étais sur la route d’Ambérieu et je vois un flash dans le rétroviseur. Et voilà ! Je découvre qu’il y avait là un appareil photo qui, comme tu le sais, s’appelle un radar. Cela va faire deux points en moins au permis. Voilà, tu racontes ça. Tu brodes, tu inventes des détails… »

C’est sûr, il faudrait que j’invente. Comme, par exemple, qu’au clair de lune, je vois briller quelque chose sous la cabane du marchand de glaces. C’est un appareil photo avec un gros téléobjectif. Par curiosité, je fais défiler ce qui est enregistré. Surprise : ce sont des vues de la centrale nucléaire du Bugey avec beaucoup de détails sur la clôture, le poste de garde, les systèmes d’alerte… Je vais au commissariat. D’abord, on ne veut pas m’écouter. J’insiste en expliquant que ce sont sûrement des terroristes qui ont pris ces photos. Finalement, grâce à moi, l’attentat est évité. On me remercie, on m’offre un billet aller et retour plus le séjour pour la coupe du monde au Brésil, le Président me décore. Mon père en fait une drôle de tête.

Dans le sujet du devoir, il y a aussi que l’on pourrait partir de la découverte d’une simple photo. Le prof de français nous a expliqué qu’un écrivaine, prof comme lui, avait écrit à partir de photos tout un livre racontant sa vie. Il nous en a lu des passages. C’était bien. En fouillant dans un tiroir, je trouve une photo prise quand j’étais petit. Je suis perché sur les épaules de mon père et j’ai l’air tout content. Lui, il fait sa tête d’enterrement. Ce devait être un jour où il s’était disputé avec Maman. Mais je n’ai pas envie de raconter tout ça.

Finalement, mon devoir n’avance pas et je me retrouve à la case départ. Il va me falloir tout recommencer.

GP

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