mardi 8 avril 2014

Rêve d'île, île de rêve

( texte composé sur le thème 31, autour du mot arête )

Depuis quelque temps, je tourne en rond. Ma vie se mord la queue. Pourtant ma demeure est vaste, oh ça ! j’ai de l’espace, je ne peux pas me plaindre ! Mais je sais trop où je vais, je n’ai pas d’infini, tous mes horizons sont près de moi. C’est quand même exagérément cadré, tout ça…

Je rêve d’une île, avec des contours irréguliers qui casseraient la monotonie de mes allées et venues, une île rien que pour moi où ma solitude me pèserait moins parce que je pourrais bâtir dans ma tête des histoires folles, comme un chalutier qui apparaîtrait soudain, lançant ses grands filets pour capturer des tonnes de poissons, ou un galion qui s’échouerait, empli de vilains pirates aux intentions belliqueuses, mais alors je me mettrais à nager vite, vite, vers un creux de rochers connu de moi seul où je me cacherais. Il y aurait, sur mon île, au moins un arbre, c’est important pour l’harmonie, pour voir les choses de plus haut, si, si, ça élève les points de vue. Trois c’est encore mieux, on passe à la petite forêt, mais là c’est peut-être beaucoup demander… Je dois rester raisonnable sinon je n’obtiendrai rien. Bon, c’est décidé, j’envoie deux phylactères bien explicites, et la prochaine fois que je vois quelqu’un, je fais mes yeux ronds et tristes.

Même si je suis un superbe « barbu de Sumatra » aux écailles d’argent avec des rayures noires, j’ai des rêves, oui, des rêves de petit poisson solitaire. Une île… j’en ai l’arête centrale qui frémit… Pour voir clapoter mon eau sur les contours un peu escarpés, d’un côté, et la voir se glisser doucement sur la petite plage de l’autre côté, je crois que je ferai le tour constamment à toute vitesse, comme un fou. Parce que pour l’instant, si je ne bouge pas, j’ai l’air d’une incrustation dans de la résine avec ce grand bloc d’eau qui m’entoure.

On dit que les poissons n’ont que trois secondes de mémoire ; c’est une affreuse légende. Je me souviens fort bien avoir vu des aquariums géants décorés de plantes, de rochers, de filets, et même d’un bateau couché sur le flanc. Et des îles, des îles paradisiaques !... Les parties de cache-cache qu’on doit pouvoir faire dans des endroits pareils… Oh ! vivre, vivre enfin !

Bon, mes deux bulles sont parties, je ne peux rien faire de plus dans l’immédiat, qu’espérer et rêver. Dites, ce n’est quand même pas beaucoup demander, une petite île ?

Marie de Saintjean

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