dimanche 16 février 2014

La randonneuse

( texte composé sur le thème 28, autour du mot fortune )

Comme le temps s’y prêtait à merveille, et qu’on était samedi, j’ajoutai un cahier dans mon sac de randonnée et partis à l’assaut de la montagne Sainte-Victoire, par les sentiers chers à Cézanne. C’est en me morfondant sur le manque d’inspiration qui me taraudait depuis quelques semaines que je gravis les premiers contreforts.

Au détour d’un virage, le barrage Bimont dépassé, je fus sidéré par la vision soudaine d’une femme marchant à ma rencontre ; sa robe légère esquissait une nonchalance qui berçait ses hanches, portées par un pas mal assuré sur l’inégalité du sol. Alors des images colorées d’érotisme chassèrent de l’étroitesse de mon esprit toutes les pensées noircies par des semaines de rancœur.

Le visage illuminé et le regard vagabond, elle semblait absorbée par des paysages intérieurs tant son sourire irradiait. Elle ne me vit pas quand nous nous croisâmes tandis que les fleurs qu’elle balançait au bout de la main m’enivraient de leur parfum. Je m’arrêtais pour la regarder descendre vers Aix-en-Provence, puis elle disparut dans les sous-bois bordant le sentier Imoucha.

C’était il y a quatorze ans. Aujourd’hui encore, chaque fois que j’emprunte cette piste, je me demande si cette image qui me hante n’a pas été le fruit de mon imagination. Toujours est-il que le poème que je composais le lendemain - premier d’une longue série - me valut un prix dans un concours de la ville. Certes, je ne fis pas fortune, mais les quelques deniers recueillis me permirent de subsister quelques jours.

Durant des mois, arpentant le Cours Mirabeau, je cherchais parmi les belles qui paradent en soirée ces yeux qui avaient mobilisé ma plume racornie. J’aurais tant aimé partager avec elle ce renouveau qu’elle inspira à mon écriture et qui me vaut aujourd’hui la renommée ; mais hélas la belle n’en saura jamais rien.

Richard Peucelle

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