vendredi 28 février 2014

La belle affaire

( texte composé sur le thème 29, autour du mot oiseau )

J’avais beau chercher dans tous les coins et recoins je ne trouvais pas. Impossible de mettre la main dessus. C’est toujours comme ça quand on est pris de court, on attrape un papier au vol, un crayon qui traîne par là, et on note sans même prendre la peine d’écrire correctement.

Pour une fois que je l’avais trouvé l’oiseau rare, c’était bien ma veine. Ça faisait longtemps que je cherchais, et là j’avais trouvé exactement ce qu’il fallait pour Papy. Papy c’est un vieux copain, ça fait longtemps qu’on se connaît et si on l’appelle comme ça, c’est pas parce qu’il est vieux, ou qu’il a une barbe blanche, non c’est pas ça du tout, il n’est ni vieux, ni barbu ni rien du tout, c’est Papy et c’est tout. Il nous parle souvent d’Anastasia, c’est son dada, il connaît toute l’histoire. Il a une photo où on la voit avec les grandes duchesses Maria, Tatiana, Olga et le Tsarévitch Alexis. En fait c’est peut-être pour ça qu’on l’appelle Papy, à cause de ces vieilleries dont il a la passion. Il barbouille un peu quand il a le temps, et comme il n’a rien à faire, il a souvent le temps. Avec son copain Igor ils font des reproductions de tableaux anciens, et je dois dire que l’un et l’autre ne sont pas mauvais pour ça.

J’avais l’occasion de lui faire plaisir et j’en étais heureux parce qu’il m’avait rendu de grands services quand j’étais dans la panade.

Quand j’avais vu l’annonce dans le journal j’avais tout de suite noté les coordonnées de l’annonceur pour les donner à Papy. Mais voilà : impossible de retrouver ni le journal, qui était déjà parti à la poubelle ni le foutu bout de papier dont je m’étais servi pour prendre note. Ça n’était pas faute d’avoir cherché, dans tous les tiroirs, dans tous les sacs, tous les endroits où j’aurais pu le mettre. J’étais prêt à remuer ciel et terre pour le retrouver parce que l’occasion était trop belle. À ne pas manquer. Le genre d’occasion qu’on ne rencontre qu’une fois. Une photo d’Anastasia en pieds. Et pour pas très cher en plus.

J’ai essayé de me remémorer l’adresse de l’annonceur. Son nom je m’en rappelais : I. Kersinovski ou quelque chose comme ça, mais le reste, le numéro de téléphone, le nom de la rue, bien sûr tout était parti avec le bout de papier. Et rien dans l’annuaire des téléphones.

Un jour je suis allé chez Papy, le temps avait passé et j’avais oublié, depuis longtemps l’histoire de l’annonce. Quand je suis entré chez lui, j’ai tout de suite vu un grand tableau représentant une jeune fille à la mode 1900. Je lui ai demandé qui c’était et il m’a dit : « Anastasia bien sûr ! »

Et il a ajouté : « J’ai trouvé une photo chez un brocanteur des quais de Saône, alors j’ai fait le tableau et j’ai passé la photo à Igor pour qu’il s’en serve ou qu’il la revende.

– Comment c’est son nom à Igor ? j’ai demandé.

– Karsinovki. »

Notal

1 commentaire:

Martine a dit…

Bon c'est vrai, on n'a pas le texte de l'annonce... mais puisqu'elle est perdue... ça aurait été dommage de ne pas mettre en ligne cette belle affaire ! Le principal c'est d'avoir eu l'inspiration pour écrire n'est-ce pas ? Merci Notal !