samedi 4 janvier 2014

Un aller simple ?

( texte composé sur le thème 28, autour du mot fortune )

Comme le temps s’y prêtait à merveille et qu’on était samedi, je me dis que c’était peut-être le moment d’aller voir à quoi ressemblait ma famille. Depuis longtemps déjà j’entendais leurs voix mais je n’avais jamais vu leurs bouilles, et puisque j’avais un week-end devant moi…

J’ai dû jouer des coudes. Pas facile de trouver la sortie. Je ne sais pas qui avait conçu cet endroit, sans doute quelqu’un qui n’y était jamais entré, parce qu’il n’y avait qu’une issue et pas des plus larges. Mais bref, j’avais décidé de sortir, alors j’ai insisté. C’est vrai quoi ! C’est bien joli d’être peinard à la maison sans personne pour te dire « fais ceci, fais cela, ne mets pas tes doigts dans ton nez, etc... » mais pour la conversation on tourne en rond.

Vous n’allez pas me croire : à peine avais-je glissé un œil au-dehors que je me suis fait alpaguer par un type que je n’avais jamais vu ; impossible de m’en défaire même en me tortillant. Il m’a attiré vers lui en me tenant par les épaules comme si nous étions amis depuis toujours. Quelle familiarité, je vous jure ! J’ai cru un moment qu’il allait me claquer la bise, mais non, bien pire que ça ! En fait de bises, il m’a donné de grandes claques dans le dos et sur les fesses. Là j’ai trouvé vraiment qu’il avait perdu le sens commun et j’ai gueulé un bon coup, très fort, pour lui faire comprendre qu’on ne fait pas ce genre de choses à quelqu’un qui arrive confiant et sans agressivité. Surtout que j’étais bien plus petit que lui ! C’est trop facile !

Il est fou ce type ! Si j’avais fait quelque chose de mal sans le savoir, il pouvait m’expliquer ! Franchement, mais franchement hein ! Je ne l’ai pas trouvé sympa du tout. C’est pas des façons ! J’ai pas eu de bol pour la première personne rencontrée. Maintenant je vais avoir un a priori, c’est sûr ! Et ça risque de perturber pour longtemps ma perception de la vie en société en altérant plus ou moins mes capacités de communications interindividuelles.

Ça s’est assez vite arrangé, je le reconnais. Quelqu’un, sans doute, l’a vu me frapper et lui a dit d’arrêter tout de suite. Il est parti. Et c’est une dame qui m’a pris dans ses bras. Ah ! Ça ! C’est autre chose, une femme ! C’est gentil, c’est tendre, ça vous dit des petites bêtises d’une voix douce, ça vous enveloppe de chaleur et de bien-être en vous mignotant, en vous tripatouillant. Mmm… C’est décidé, je ne fréquenterai que des femmes à l’avenir !

Mais voyez-vous, trois fois hélas ! Je crois que le bonheur est éphémère. Si, si !

Alors que je commençais, un peu, à apprécier ma venue ici-bas, la guerre a éclaté. Des coups de feu, des éclairs terribles, des hurlements, des salves de fusées qui ensanglantaient le ciel, un chaos absolument inimaginable et une violence inouïe sont entrés par la fenêtre.

Surpris, je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer, bien sûr, en me demandant quelle mauvaise fortune m’avait fait naître dans un monde pareil ! Mais pourquoi avais-je donc fait le choix funeste de sortir de mon petit nid douillet ?

– Hé ! Dis donc, le bébé, tu n’as pas l’air de trouver la fête du quatorze juillet à ton goût, on dirait !


Non Madame, non ! Cette vie là ne me convient pas ! S’il vous plaît, je peux retourner chez moi ?

Marie de Saintjean
 

1 commentaire:

Anonyme a dit…

J'ai bien aimé. Il faut dire que, tout au début, je me suis fait embarquer: Les voix déjà entendues et les bouiles jamais vues m'avaient bien paru bizarres, mais je me suis dit :
" On verra plus loin". C'est au deuxième paragraphe et surtout avec les grandes claques dans le dos et sur les fesses que j'ai enfin réalisé! Alors là, j'ai eu envie de reprendre au début et je me suis bien régalé.

J'ai bien aimé tout le passage "Ah. ça c'est autre chose une femme !"
Et puis quand est arrivée l'évocation de la guerre, j'étais vraiment perplexe, juqu'à ce qu'arrive le coup du 14 juillet:
Bravo.
La fin "Je peux retourner chez moi? " est vraiment très réussie:
bon sens, naiveté,appréhension...
Cela donne toute la valeur au titre Un aller simple ? ( clin d'oeil au Goncourt bien perçu...)

G.P