mercredi 6 novembre 2013

La promenade

( texte composé sur le thème 26, autour du mot chemin )

Je mets mon chapeau sur la tête et je pars tôt matin quand les oiseaux... pour ma promenade journalière. La même promenade, toujours la même, toujours différente, pleine de saynètes insignifiantes. On prend le chemin des éfourches rasées de frais par la moisson, on passe la  ferme à Borgoin. Tiens aujourd’hui le père Dolf est sur son toit à chemiser sa cheminée avant l’hiver. Il me rend mon salut avec une belle gentillesse. Je vais à grands pas, fendant le paysage, tout ouvert à ce qui m’arrive, au monde qui vient à ma rencontre. On longe ensuite le chenal, sur la voie de halage. Je croise les canards qui remontent le courant. Nous sommes de vieilles connaissances, et pourtant ils m’ignorent.

Soudain ils s’affolent et perdent de leur superbe. C’est ce chenapan de Nènès qui leur lance des pierres, brisant la belle harmonie de leur chenille montante. Je l’ai déjà surpris à agacer le cheval hier. Je le saisis au collet, l’oblige à ouvrir la main. Ce n’est pas une pierre qu’il cache mais une chevalière, volée sans doute, à qui ? Pas le temps de l’interroger, ce petit voyou au visage mâchuré et aux cheveux en bataille me tire un coup de pied dans la cheville. J’en ai le souffle coupé. Mes mots de reproche se disloquent dans ma gorge. Ma voix chevrote. Il se dégage et se marre en mâchouillant un chewing-gum moqueur.

Victor Matu

(quand = en même temps que)

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