mercredi 9 octobre 2013

Dans les "Pont de Bonvoisin" un soir

( texte composé sur le thème 25, autour du mot réserve )

Le pont n’est plus loin. Des nuages joufflus ou mafflus se défilent vers l’Isère, comme moi, mais en ont-ils conscience ? Il fait froid. D’habitude, je ne crains pas le froid, mais là, ce soir, à la tombée de la nuit. C’est l’hiver, l’humidité. Près de l’égout, des oiseaux et des rats passent : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Indifférent, je traverse le pont sur le Guiers, ce n’est pas long, mais on change quand même d’atmosphère : un peu ci d’un côté, un peu ça de l’autre. Mais il paraît que c’est fini, et on a même changé les noms des communes : Le Pont de Beauvoisin (Savoie) et Pont de Beauvoisin (Isère). Moi, je n’en ai rien à faire. Le danger est identique d’un pays à l’autre et les conditions de vie ne devraient guère changer pour moi. A moins de me fixer ici ou là, mais je ne vois pas pourquoi je changerais mes habitudes. Bref, restons sur la réserve.

Ces histoires politiques, je n’ai pas tout compris, ou plutôt j’ai compris ce que je pouvais comprendre. Un certain nombre d’éléments me font défaut pour être au courant, et comme au fond, ça me laisse indifférent. Encore que si je pouvais en savoir plus, j’apprendrais peut-être des informations que je ne peux glaner d’habitude. Mais à quoi ça pourrait bien me servir, et pour ça, il faudrait consentir... au fond, je ne sais pas ce qu’il faudrait consentir, ou au contraire je ne le sais que trop bien.

Encore des immeubles, la nuit se précise, pas grand monde. Bon, avant tout, parer au plus pressé, et le plus pressé n’est pas prêt et pas sans danger. Allons-y sans précipitation, encore que j’ai quand même bougrement froid et comme toujours bougrement faim dans ces cas-là. Ah, ça y est, c’est là-bas, mais la voie n’est pas libre ! Une rue, deux rues, désertes, et c’est là, je ne me trompais pas, je ne me trompe d’ailleurs jamais : une petite cour, l’arrière d’un restaurant, des poubelles renversées, de délicieuses odeurs de poisson, et deux de mes copains venus comme moi de Savoie, deux bons gros chats de gouttière, des chats libres qui me miaulent que le tuyau était bon.

Jack Chaboud

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