vendredi 14 juin 2013

Le Caractériel

( texte composé sur le thème 22, autour de mosaïque )

J'ai toujours eu l'esprit rebelle, voyez-vous ? Mais aujourd’hui je suis à bout.

Enfant je renâclais à manger ce qu'on me présentait. Mes parents ont tenté différents plats en variant les arômes, mais rien n'y fit : je n’avalais presque rien. A l'école primaire, j'ai toujours fait exactement le contraire de ce qu'on me demandait. Plus tard, à l'adolescence, j'arborai des allures arrogantes qui me valurent remontrances et exclusion de mes professeurs, à tel point que j’ai dû arrêter mes études. Écœuré, je suis parti aux États-Unis chercher l'aventure ; là j'ai travaillé dans le coton. La tâche était très dure et je n'ai pas su me soumettre à l'autorité de mes chefs. Je crois que je suis caractériel, comprenez-vous ? Après quelques mois, je suis rentré en France sans argent. J’ai été accueilli chez un oncle à la montagne pour me reposer ; mes parents, excédés, refusaient de me recevoir.

Au cours d'une randonnée pour observer des bergeronnettes je m'encoublai dans des branchages, chutai et me luxai l'épaule. A ma sortie de l'hôpital, mon oncle, qui ne pouvait s’occuper d'un convalescent, me confia à un de ses amis, accordeur de piano. Il caressait probablement le rêve qu'à presque vingt ans je m’intéresse à ce métier. Ce fut un échec, je n'ai pas l'oreille musicale et une fois encore je ne fis rien de ce que l'on exigeait de moi. Je passais mon temps dans la forêt d'arbres sempervirents à faire de la photo. Ma rencontre avec Carine m'éloigna définitivement de l'ami de mon oncle ; toutefois cette relation ne dura pas car elle n'acceptait ni caresses ni papouilles. Peut-être cela est-il dû à l’emploi qu'elle occupait dans un cabinet d'acupuncture ? Je ne le saurai jamais !

Hier, perdu dans mes pensées, télécommande à la main, regardant à peine la mosaïque des chaînes à l'écran, j'ai vraiment pris conscience d’avoir un problème. Je me suis décidé à venir vous voir docteur, ma vie est un désastre sur tous les plans et j'ai vraiment besoin d'en parler avec vous pour me sortir d’affaire.

Richard Peucelle

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