mercredi 26 juin 2013

Des perles et des aiguilles

( texte composé sur le thème 22, autour de mosaïque )

Jules était décidé, le miel et les abeilles ça avait toujours été une passion pour lui. Alors pendant ses vacances au Puy-en-Velay il avait visité des ruchers, et le déclic s’était produit, il avait décidé de franchir le pas, il voulait vivre de ce métier passionnant et si proche de la nature.

Il lui fallait se documenter, prendre des contacts.

Alors ce matin Jules restait pensif devant le grand panneau qui affichait le nom des occupants de l’immeuble. Une mosaïque de plaques professionnelles de toutes catégories renseignait les visiteurs en indiquant les numéros de porte et les étages.

Mais ce que cherchait Jules ne figurait pas ici.

Parmi toutes ces plaques celle de Madame Fourina indiquait laconiquement : Madame Fourina, acupuncture. Jules savait bien ce qui se cachait derrière cette simple indication. Pour avoir un jour poussé la porte de la dame il avait constaté que cette discipline chinoise qui avait traversé les siècles avec bonheur comportait chez Madame Fourina des développements qui tenaient plus des papouilles que du jeu d’aiguilles. Lui était alors soudain venu à l’esprit l’image de Madame Fourina, cette femme aux lèvres pulpeuses expertes en caresses spéciales et dont la réputation n’était plus à faire. Image qu’il avait bien sûr immédiatement chassée de son esprit.

Pourtant dès qu’il était entré chez elle il avait été saisi par l’ambiance du lieu. Au fond de la pièce, dans une sorte d’alcôve, une immense photo allégorique représentait une femme chevauchant un dragon. Aux murs de lourdes tentures aux couleurs chaudes ; au sol et sur les meubles des plantes au feuillage sempervirent, et tout un décorum qui donnait à la pièce un caractère tout à fait particulier.

Une musique douce que son métier d’accordeur de pianos lui permettait d’apprécier à sa juste valeur sortait d’on ne savait où, et finissait de créer une ambiance de mystère.

Il était tellement impressionné qu’il avait failli s’encoubler dans le tapis quand une voix venue du mur lui avait demandé de venir s’allonger sur une sorte de table d’opération recouverte d’un drap chamarré avec des broderies en fils d’argent représentant une bergeronnette. Il s’était senti soudain les jambes en coton et il avait bien failli chavirer sur le meuble où on lui demandait de s’allonger.

Jules avait à peine retrouvé ses esprits que Madame Fourina était apparue tenant en mains un plateau chargé d’instruments mystérieux dont il ne voyait pas l’usage. Sa tenue vestimentaire lui donnait une allure de danseuse orientale et il flottait autour d’elle des arômes de musc et d’encens qui accentuaient le côté cérémonial de son apparition.

La suite Jules voulait l’oublier, non pas qu’elle eût été désagréable, bien au contraire, il était heureux, mais finalement pas très fier d’avoir confondu acupuncture et apiculture.

Notal

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