mercredi 22 mai 2013

Résultat des courses

( texte composé sur le thème 21, autour du mot chaîne )

Franchement, si je me retrouve là, seul, dans le noir, grelottant de froid mais surtout de trouille, je ne dois m'en prendre qu'à moi... Je sens arriver une crampe dans le mollet droit mais impossible de me déplier, je suis coincé, réduit à l'immobilité et au silence. Mon cerveau carbure à plein, un peu tard certes : j'aurais dû me méfier...

***

Au départ, moi, je voulais juste rendre service ! C'est elle qui m'a abordé, entre les armoires à surgelés du Granpix, parce qu'elle n'arrivait pas à attraper les boudins blancs aux cèpes.

– S'il vous plaît Monsieur, je cherche quelqu'un pour m'aider... Voyez, quel ennui, je suis vraiment trop petite !

Une petite dame, oui, entre deux âges, disons entre le troisième et le quatrième, l'ensemble plutôt bien conservé et une bonne tête, fripée juste ce qu'il faut. Pendant qu'elle me parlait, ses yeux se sont mis à pétiller... Il faut dire que j'ai une taille un peu au-dessus de la moyenne mais ce que l'on remarque d'abord chez moi c'est sans doute les pecs, évidents sous le marcel, sans parler de mes bras... tatoués : deux vrais livres d'images, en couleurs qui plus est. Avec le recul je dirais que... ça m'apprendra à afficher mes avantages ! Bref, après le passage en caisse, je l'ai retrouvée sur le parking en train d'essayer de transbahuter ses packs d'eau minérale du caddie jusque dans son coffre. A quelques voitures de la mienne... Toujours serviable, j'ai donné mon coup de main...

– Je peux toucher ? a-t-elle lâché ensuite, gentiment je dois dire, une fois que j'ai eu fini d'œuvrer, en montrant de l'index mes biceps et en clignant de l'œil, l'air vraiment sympa.

Moi bien sûr, flatté, j'ai répondu oui. Elle m'a saisi chaque bras, et scruté, et tâté ; l'évaluation a duré un moment, petites pressions, hochements de tête approbateurs...

– C'est que pour monter toutes ces provisions, chez moi,  j'ai quelques marches... Si j'osais... Ce n'est pas très loin, à deux rues d'ici, à l'entrée du lotissement des chênes... Et je vous offrirai le café bien sûr... Ou une bière, enfin, ce que vous voulez... Qu'est-ce que vous en dites ?

Vu son âge, je n'y voyais toujours pas de malice et me rappelle avoir pensé, bêtement, que je pouvais me défendre au cas où, non ? Donc j'ai suivi la twingo avec mon break et me suis garé devant chez elle le long du trottoir tandis qu'elle remisait sa boîte de conserve dans le garage. Là j'aurais dû me méfier encore mais je suis trop con, trop beau trop bon trop con, tout moi, le drame de ma vie. Si je pouvais, là, maintenant, j'éclaterais de rire, je me foutrais de ma gueule ! J'ai transporté tous ses sacs et ses packs dans sa cuisine pendant qu'elle lançait la machine à café, une de cette marque vendue sans l'idole. On a aussi échangé pas mal d'avis sur le supermarché d'où on venait, les prix, le choix, la fréquentation...

– Vous voulez peut-être vous laver les mains, vous rafraîchir ?... Votre petit nom c'est... quelque chose comme... Arnold  ?

Les derniers mots étaient prononcés sur un ton très... complice, comme quand on veut partager une bonne blague, et je n'ai pas pu résister, j'ai ri franchement.

– Appelez-moi Arny, c'est ça !

– Oh Arny, eh bien la salle de bains se trouve... je vais vous montrer... »

Elle m'a accompagné dans le couloir et je me suis retrouvé piégé ! Elle m'a collé contre le mur, a commencé à me tripoter les épaules et à se frotter contre moi : je l'avoue, oui, j'ai laissé faire. Entraîné vers la chambre, j'ai distingué tout de suite des trucs plutôt étonnants sur une espèce de commode surmontée d'un miroir, une coiffeuse je crois que ça s'appelle : on aurait dit deux ou trois paires de menottes et un ramassis de chaînes dans une vaste corbeille. Un jeu de mots idiot m'a traversé l'esprit - dans quelle guêpière m'étais-je fourré ? - mais juste traversé car il était trop tard. Déjà sacrément émoustillé, j'ai basculé la vieille sur le lit et cherché fébrilement d'une main un sein sous le t-shirt ; de l'autre je commençais à pétrir un fessier. Elle a alors entrepris de me débarrasser de mes vêtements et je me suis retrouvé à poil en un rien de temps, comme si elle avait travaillé ces gestes toute sa vie... Drôlement alerte la petite dame.

C'est là, alors que mon enthousiasme grandissait de plus en plus, qu'en fait ça s'est gâté car on a entendu très clairement une sonnette, le genre deux tons, ding dong, et surtout une voix :

– Chérie, c'est moi !

Et elle de me souffler dans l'oreille « Ciel ! Mon mari ! » et d'enchaîner « Vite ! Le placard ! » où je me suis bien sûr précipité nu comme un ver tandis qu'elle ramassait mes effets pour me les fourrer par-dessus la tête avant de refermer les portes du dit et maudit placard... à clé.

***

La douleur dans le mollet me devient vraiment insupportable ! J'entends le dévoué légitime entrer dans la chambre et proposer :
– Tu es là ma douce ? Tu veux que je t'aide à finir de ranger tes courses ? 


MF

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