lundi 22 avril 2013

La Mutinerie (2)

(texte composé sur le thème 20, autour du mot poisson )

Retrouvez la première partie sur la page : La Mutinerie (1)


Une nuit, cinq hommes déterminés conduits par un grand gaillard, encouragèrent une mutinerie lors d’une discussion dans ma cuisine.

Je me gardais bien de me mêler à cette réunion du nouvel équipage qui tentait de prendre le commandement. Après toutes ces années sur les océans, j’accomplissais mon dernier voyage sur cette goélette ; une auberge m’embauchait dès mon retour et je comptais rester sur la terre ferme, prendre femme, et fonder une famille avec le pécule amassé. En entendant les envies de révolte, je regardais les vergues du mât de misaine et frissonnait au souvenir des corps se balançant au bout d’une corde.

Cette nuit-là, la Martiale, bâbord amure, filait dix-huit nœuds. Elle gîtait en se cabrant pour passer les vagues puis, glissant sur l’autre versant, prenait de la vitesse avant de chevaucher fièrement une autre lame. Son étrave, guidée par le plus expérimenté des timoniers, fendait la cime de la montagne vivante qui, crachant ses embruns, déferlait sur le pont en cinglant le visage des hommes à la manœuvre, puis plongeait à nouveau dans l’élément déchaîné. La coque gémissait de toutes parts sous les efforts conjugués du vent et de la mer. Le timonier, cramponné à la barre manœuvrait notre voilier avec dextérité, il jouait avec les flots pour maintenir la Martiale dans un effort maximum. L’œil rivé dans la mâture puis sur l’océan, il guettait le moment propice pour amener la proue à l’endroit choisi où La Martiale, libérée, glissait pour reprendre son souffle avant un nouvel assaut. Dans la mâture malmenée par le chant rageur des alizés, les hommes de quart épuisés, les mains ensanglantées, maintenaient les voiles bordées.

Dans la cuisine où régnait une odeur de poisson la discussion s’anima, chacun enchérissait sur les propos des autres. Le gaillard, attentif, discutait toutes les propositions et prit la direction du débat ; quoique sa manière de destituer les officiers semblait cohérente, j’en tremblais de peur.

Richard Peucelle

Lisez la troisième partie sur la page : La Mutinerie (3)


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