lundi 22 avril 2013

La Mutinerie (1)

( texte composé sur le thème 20, autour du mot poisson )


Je préparais le dernier repas d’un condamné ; jamais je n’imaginais que ma formation de cuisinier me destinerait à effectuer cette tâche, cela m’éprouvait d’autant plus que ce condamné-là, mon frère, mourrait demain.

Après des années à bourlinguer sur les mers à bord de la Martiale, une rapide goélette, je tenais fermement mon art de cuisinier et consacrais mon temps sous le pont, entre la cuisine et la cambuse.

Entre les repas, quelques gars me rendaient visite pour descendre des bières. Malgré le règlement je tolérai ces visites, qui je l’avoue, me gratifièrent d’une place particulière dans l’équipage. Moi seul connaissait chacun de ceux qui bravaient l‘interdit, et j’entrepris de ne le révéler à quiconque. Agissant de la sorte je me rendais complice des contrevenants car il m’incombait de rapporter ces escapades à nos supérieurs. A vrai dire, je risquais peu, car du mousse au capitaine tous, un jour où l’autre, cherchant du réconfort, dévalèrent les marches qui conduisaient à ma table aux heures coupables.

Notre navire sillonnait les mers avec une mission connue des seuls officiers. Les membres du nouvel équipage ignorant, même après trois mois de mer, la finalité du voyage, suspectèrent la hiérarchie, lui prêtant les projets les plus fous. Les relations entre équipage et officiers se tendirent, des disputes éclatèrent. Embarqué pour l’aventure, l’argent, ou fuir un passé douloureux, l’équipage souffrait de l’éloignement et s’impatientait facilement ; tandis que les officiers assurés à leur retour, d’une reconnaissance du Roi, prenaient leur mal en patience.

La mission, chacun en entendit parler. Soit des bribes de conversations saisies entre des officiers, soit des indiscrétions commises par des matelots illettrés, chargés de corvée dans la cabine du capitaine qui, lorgnant les cartes, alimentèrent les fertiles imaginations des compagnons. Les rumeurs enflammaient les esprits : certaines véhiculaient qu’un trésor caché à bord, nous obligeait à rester en mer, offrant ainsi la meilleure cachette du monde, pour le protéger des hordes de guerriers qui envahissaient notre pays. Le bruit le plus répandu évoquait l’île Poisson où, disait-on, nous partions à la découverte d’un trésor enterré. En réalité personne ne connaissait notre destination et moins encore l’objet de la mission. Cependant la fronde grondait.

Richard Peucelle

Lisez la seconde partie de ce texte sur la page : La Mutinerie (2)

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