mardi 5 mars 2013

Kyllian Gardiner (2)

( texte composé sur le thème 19, autour du mot gare )

Retrouvez la première partie sur la page : Kyllian Gardiner (1)

Ainsi, le premier cycle des « Têtes d'Or » montre-t-il de grands tirages sur papier baryté sur lesquels apparaissent en aussi grande discrétion que majesté la flore, la faune et le sourire de Lucille, premier modèle et première Muse ayant accompagné l'artiste pendant près de cinquante ans. Il l'avait connu toute enfant lors de ses balades inspirées trimbalant papier, pinceaux, microscope, chambre photographique et une cohorte d'objets hétéroclites dans le parc de tous les sortilèges. La fille du gardien qui se prêtait au jeu patient et, par tous les temps, à de longues séances de pose parmi les végétaux, les animaux, les fantômes, offrant son sourire à fossettes comme un cadeau toujours renouvelé, avait un jour grandi. Pas la veille, pas le lendemain mais le jour précis de ses 20 ans, ils se regardèrent avec étonnement. L'un comme l'autre troublés par une nouveauté que cette habitude quasi quotidienne du travail sur la lumière, la matière et le monde intérieur avait dissimulée. Ils ne se quittèrent plus offrant un des plus beaux symboles de collaboration artistique, lui officiant en vase clos ou étroit périmètre pour faire surgir la fleur de l'atome, elle gérant de par le monde l'œuvre en cours de leur existence.

Ce que l'on voit sur ces images et dans les cycles suivants : les « Fougères », « Gare aux Lions ! (ou les  Fauves) », « le Dos de Lucille », « Gars, Garces et Garnements », « les Cils des Anges », tient de la magie. Aucun photographe contemporain de Gardiner n'a réussi à part peut-être les expérimentateurs inspirés, Man Ray, Kertész et plus récemment Joël-Peter Witkin - qui pourrait être sa face sombre - à fusionner par l'image exclusivement argentique les univers de Rousseau et Bosch, Dali, Balthus et Picasso. L'émotion ressentie devant ces photographies noir et blanc puis en couleur à partir de 1975 jusqu'aux années 90 a redéfini les visites d'exposition. On ne peut passer rapidement devant ces images sans être saisi par un tsunami cathartique presque suffocant. Les expositions ne peuvent se dérouler que selon un mode contemplatif et sont donc programmées sur des années. Peut-être bien Louise Bourgeois dans son approche pluridisciplinaire atteint-elle aussi ce bouleversement là.

Les quinze dernières années de Kyllian Gardiner ne coïncident pas avec l'avènement du numérique. Il a été un magicien précurseur, la nouvelle technicité ne l'a pas séduit. Infatigable découvreur, il se mit à plus de 80 ans au dessin et également à la sculpture : modelage en glaise ou en plâtre et tirages d'épreuves en bronze ou or de singuliers animaux semblant sortir des abysses, d'une beauté sans comparaison puisque inconnue.

Danyel Borner

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Très belle biographie. Elle donne envie de mieux le connaitre ce Killian Gardiner !!