vendredi 15 mars 2013

Edgar Vernan

( texte composé sur le thème 19, autour du mot gare )

Issu d’une famille de riches paysans, Edgar Vernan naît en 1923 à Gardanne, petite ville minière du sud de la France. Il décède en 2003 à Garéoult, dans le Var, à l’âge de quatre-vingts ans. Il passe, dans ce charmant petit village provençal, les vingt dernières années de sa vie, à produire ses plus belles œuvres.

Des troubles mentaux, séquelles de sa participation à la grande guerre, conduisent son père, lorsqu'il reprend la ferme familiale au retour du front, à une gestion désastreuse. Alors qu’Edgar, à peine âgé de quatorze ans, quitte l’école pour travailler dans l’exploitation familiale, son père est contraint de vendre.

Par dépit, Edgar Vernan se tourne vers un ami de son père, qui accepte de le prendre comme apprenti dans sa menuiserie. Rapidement, il est remarqué pour son habileté et son ardeur au travail ; on l’oriente vers les travaux d’ébénisterie. Il a seize ans en 1939, lorsque la seconde guerre mondiale éclate. Son employeur et les deux ouvriers mobilisés, l’entreprise ferme.

A la fin du conflit l’activité reprend, avec Edgar qui a échappé à la mobilisation. Le patron découvre alors, dans une soupente, les premières pièces de bois qu’Edgar Vernan travaillait pendant la guerre, tandis qu’il se réfugiait dans l’atelier déserté. C’est ainsi, semble-t-il, qu’il trompait son ennui durant cette longue période. Le jeune homme se sentant presque coupable, tente de se justifier, mais son maître, ébéniste expérimenté, devinant les dispositions du garçon, lui confie les travaux les plus nobles de l’ébénisterie. Sous l’influence du talent grandissant du futur artiste, la réputation de l’atelier s’étend peu à peu à toute la région. Durant ses loisirs, Edgar ne fréquente pas les jeunes de sa génération, il poursuit dans la solitude et sans projet particulier, la sculpture de pièces de bois.

C’est lors d’un salon d’ébénistes en 1948, à Garrigues Sainte Eulalie, petite ville située dans le Gard, que le sculpteur Jules Garcin(1) (1908-1988) découvre Edgar. Il est d’abord amusé, puis séduit par la technique particulière du jeune homme, sculptant un morceau de pin à garrigue derrière le stand.

Edgar ne connaît pas le monde de la sculpture ; tailler le bois lui permet « juste de passer ses nerfs » comme il le confiera beaucoup plus tard à un journaliste. Cette rencontre change le cours de sa vie. Jules Garcin le prend sous son aile, lui enseigne les rudiments de son art et le présente à d’autres artistes.

Quelques années plus tard, après les Beaux-Arts et les Arts Appliqués de Paris, il expose ses premières œuvres de maître dans une galerie improvisée en gare de Marseille. Il termine sa formation aux États-Unis, où il devient célèbre pour son magnifique chef-œuvre baptisé « Le Gars des Monts » encore aujourd’hui exposé au Métropolitain Museum of Art de New York.

C'est la seule œuvre de grande taille produite par l’artiste qui revendique, toute sa vie, la liberté de travailler où bon lui semble, des œuvres de petites tailles, avec seulement quelques outils en poches. Cette position lui vaut beaucoup de critiques, de la part même de son maître et ami Jules Garcin. 

Après de nombreuses expositions partout dans le monde, il rentre en France où il enseigne quelques années, puis, atteint du mal des menuisiers(2), il se retire dans sa propriété du Var, où il continue de travailler malgré la perte progressive de ses moyens. Il meurt entouré de ses proches. 

L’ensemble de son œuvre fait l’objet d’expositions fixes en France et itinérantes dans toute l’Europe. Elle est aujourd’hui reconnue comme celle d’un grand artiste international, et étudiée dans plusieurs universités à travers le monde. 


(1) élève de Pablo Emilio Gargallo sculpteur espagnol (1881 – 1934)
(2) cancer de l’éthmoïde : maladie professionnelle des menuisiers


Richard Peucelle

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