vendredi 8 mars 2013

C'était pas son jour

( texte composé sur le thème 18, autour du mot nuit )

Il est arrivé quelque chose. C’est l’idée récurrente qui tourmente l’esprit d’Antoine en ce vendredi soir de novembre triste et pluvieux. Quelle idée de se donner rendez-vous dans ce café de Montchat. Ils avaient bien d’autres endroits pour se rencontrer ; des endroits plus discrets et plus confortables. Mais voilà c’est ici qu’ils se sont connus. Un vendredi soir. Alors, forcément, le côté sentimental l’a emporté sur tout le reste. Se retrouver après si longtemps, dans les mêmes conditions, au même endroit, recréer la situation de « la première fois ». Bien sûr c’était tentant.

Il n’y avait pas cinq minutes qu’il attendait que déjà il avait le sentiment que quelque chose n’allait pas. Quelque chose d’indéfinissable. Quelque chose qui vous grignote le cœur et l’esprit comme une souris grignote le cordage d’un bateau. Et le bateau va couler.

Maintenant elle a vingt minutes de retard et ça ne lui ressemble pas. Elle est plutôt du genre à avoir un quart d’heure d’avance. Ou plutôt elle était, parce que le temps a passé.

Dans la rue les passants courbent le dos et pressent le pas, comme pour fuir la nuit qui descend sur la ville. Le temps est à l’unisson des sentiments d’Antoine. Elle ne viendra pas. Toute cette histoire qu’ils se sont racontée c’est du vent. Toutes les idées qu’il s’est faites en attendant le jour du rendez-vous. Tous les projets qu’il a échafaudés. Tout ça tombe à l’eau.

Plusieurs fois, il a cru la voir arriver. Une silhouette au loin, le cœur qui se serre et qui manque un tour, et la désillusion quand la silhouette s’est rapprochée. Mais à chaque fois l’espoir est revenu, à chaque fois il s’est dit qu’il y avait une raison, que quelque chose s’était produit et qu’il lui fallait juste un peu de patience.

Dans le café on ne peut pas dire qu’il y ait affluence. Deux tables plus loin une jeune femme s’est installée, Antoine a remarqué ses mains fines et blanches, des mains de pianiste a-t-il pensé. Le patron quand il l’a servie s’est assis en face d’elle, et ils discutent maintenant comme de vieilles connaissances. Les bribes de conversation qui arrivent jusqu’à lui permettent à Antoine de penser qu’ils parlent d’astrologie, de divinations et de choses de ce genre. Prédire l’avenir ; si seulement c’était possible se dit-il.

Sur la table à côté de lui il y a un journal à la disposition des clients. Un hebdomadaire régional qu’il a l’habitude de lire. Pour se donner une contenance et prendre patience, il s’en saisit et commence à lire. C’est le numéro de la semaine passée. 

Au patron qui le regarde, il demande : « Vous n’avez pas le numéro de cette semaine ?
– Non… Demain Monsieur… La Tribune paraît le vendredi. »

Demain ? Vendredi ?
C’était donc ça !
Toutes ces pensées pour rien !

Notal
 

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