jeudi 28 février 2013

Reality Theater

( texte composé sur le thème 18, autour du mot nuit )

Il est arrivé quelque chose, l’autre soir, au petit théâtre de la rue du clown triste.

Il était tard déjà, 23 heures peut-être. Tout était calme comme à l’ordinaire. Juste quelques passants attardés se faufilaient à toute hâte entre les ombres des réverbères, lorsque retentit la sirène d’un camion pompier. Tout de suite, je crus à un accident sur le boulevard tout proche. C’est tellement fréquent la nuit ! Mais non ! Le bruit de cette sirène s’approchait de plus en plus. On eut dit qu’il venait de franchir le portail de notre petite cour. Je me précipitai à la fenêtre. Devant le grand portail du théâtre, l’ambulance rouge des pompiers venait de s’immobiliser. Qu’était-il donc arrivé ? Pas un chat sur le trottoir. Tout semblait éteint. Nul doute qu’il n’y avait pas eu de représentation ce soir-là. Et puis, après quelques minutes qui parurent sans doute une éternité au pompier de service, la petite porte tracée dans le grand portail du théâtre s’entrouvrit. Deux, peut-être trois pompiers s’y engouffrèrent. Puis plus rien. 

Devant tant de mystère, j’enfilai rapidement un pantalon, décrochai mon veston du porte-manteau de l’entrée et descendis à la rencontre d’informations. En arrivant sur le trottoir, une très jeune femme aux yeux sombres s’apprêtait à disparaître dans l’énorme fourgon. Son visage était crispé et les larmes qui scintillaient dans la lumière du réverbère parlaient de sa douleur. Je risquai une question mais c’est le claquement des portes qui me répondit. Les vantaux du portail venaient de se refermer.

Mais qu’était-il donc arrivé ? Un malaise, un règlement de compte inavouable, une dispute ? Je remontai chez moi dans la nuit froide, les neurones quelque peu agités.

Peut-être était-ce tout simplement un « Reality Theater » où se jouait la réalité des drames mis en scène ? Aujourd’hui une jeune femme sort brisée, demain un enfant en pleurs et peut-être après-demain un homme les pieds devant après avoir succombé à ses prédateurs ? Quelle époque vivons-nous !

C. Didier

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