mercredi 10 octobre 2012

Dans les bras des lauracées

( texte composé sur le thème 14, autour du mot branche )

Il y avait un moulin en lisière de la forêt, où son tambour espérait le retour de l'enfance. Où les heures dorées sont passées, où les douceurs du bout des lèvres en forme de cœur se sont envolées et où on avait le temps de regarder les mains expertes s'affairer… Tout cela semblait s'éterniser dans l'infini du ciel bleu des plafonds pastel. Les vieilles branches de tilleul et d'amandier faisaient-elles encore de l'ombre aux fraisiers ? À quoi pensaient-elles ? À la peine des saules pleureurs ou des sureaux en mal d'eau ? Peut-être aux couleurs, à croiser à l'aube de l'été indien, qui salueront l'hivernage en préparation comme la migration, la dormance et la rentrée d'avant le gel.

Et puis, l'endormi journalier a fini par entrer de l'inachevé dans l'éphémère ; il y avait quelque chose de poignant alors. Son échelle de terre rongée n'était pas encore montée. On aurait dit un zigzag intemporel. Certainement, un autre oubli de sa part ou une indécision, sans doute. Devant sa colline, les yeux s'infiltraient, les regards se faisaient plus scrutateurs et ainsi le moulin prenait tout le tableau. C'est à l'heure du goûter, le papillon sur la joue, que la lumière dit tout, entre le neutre et l'extrême des vérités. Quelque chose de glacé telle une cire rendant l'huile lissée sur les bords du fleuve à flanc de mont, dans le mouvement incessant du temps vernissé. Il s'est assis sur le dossier du banc des perce-neiges où la violence des révélations d'avant la débâcle s'est opérée ; démesurée, grave et blanche. L'indifférence des jours a suivi sans apparaître à l'aveuglement des villageois aux avis alternés et tueurs.

Par la fenêtre, il se souvient… La chasse aux arthropodes de Zambie collectionnés par le docteur, la découverte des vers de terre, la pêche aux écrevisses, les libellules hypnotiseuses de la boutasse et le chant méconnu des criquets du Cameroun ramenés par l'oncle Louis.

Il ne restait plus que dehors, le souffle… Sa respiration et le vent des embruns au-dessus de la brume du petit matin. Les voix ne portaient plus, cela en était fini de l'insouciance ; ne persistait plus que la légèreté protectrice allant au-devant des courants à surfer.


Murielle E.

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