samedi 13 octobre 2012

Cambriole

( texte composé sur le thème 14, autour du mot branche )

La semaine dernière, à l'occasion d'un repérage sur la colline de Fourvière, j'ai suivi une ruelle en pente bordée de vétustes maisonnettes : l'une d'elle a particulièrement attiré mon attention... Et je m'y connais ! Depuis, je viens chaque matin et m'installe sur le banc qui lui fait face. Bonne pioche ! La résidente en ce lieu est une femme âgée qui paraît fort dépendante : je le sais parce que j'ai remarqué les allées et venues de quelques braves dames, certainement des aides-ménagères ou des auxiliaires de vie, qui la visitent à heures fixes. Tout est réglé comme du papier à musique et par exemple, j'ai observé que les employées, lorsqu'elles sortent faire les courses, installent toujours l'invalide derrière la fenêtre d'une pièce donnant sur la rue : sans doute pour qu'elle puisse profiter et se divertir de ce qui se passe dehors. Hélas la voie est peu animée et la pauvre n'a pas l'air d'avoir d'autres occupations, quelle tristesse ! Tout à l'heure, je crois qu'elle m'a vu : la tête un moment tournée vers moi, elle a lentement ajusté ses lunettes et il m'a bien semblé croiser son regard ; puis elle a piqué du nez, sans doute pour un p'tit somme.

Allons, j'y vais. Maintenant. Je traverse la rue, passe la grille d'entrée, traverse l'étroit jardinet, monte les quelques marches du perron et crochète sans peine la serrure de la porte... Je ne crains pas de voir apparaître un clébard, ni même un chat, car je n'ai distingué aucun sachet de nourriture animale dans les provisions quotidiennes. Bien sûr je navigue à mon aise dans la demeure, localise facilement la chambre et déniche le pactole en moins de deux, dans l'armoire, sous une pile de linge brodé : quelques bijoux, peut-être en toc mais c'est toujours ça, on ne sait jamais, et l'argent liquide... En repassant devant la pièce où se trouve parquée ma nouvelle bienfaitrice, je jette un œil et constate qu'elle est toujours profondément endormie. La monture en écaille a glissé sur l'arête de son nez et me paraît en équilibre plutôt instable. Alors je m'approche et me penche, tout doucement, puis, les saisissant délicatement par leurs branches, je soulève lentement les précieuses lunettes ; enfin je les pose dans l'étui que la vieille a gardé ouvert sur le plaid recouvrant ses cuisses. Je suis un voyou, certes, mais ce genre de situation m'attendrit toujours... On ne se refait pas !

MF

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