vendredi 28 septembre 2012

La bonne étoile

( texte composé sur le thème 8, autour du mot trouvaille )

Théobald Prancette marchait toujours en regardant ses pieds. Depuis l’enfance et les recommandations que lui faisait sa mère : « Mais fais donc attention où tu mets les pieds » il avait suivi le conseil à la lettre. Sa haute et large stature faisait que l’on s’écartait naturellement sur son passage. Il naviguait ainsi sans périscope mais sans heurt grâce à l’anticipation d’autrui.

Ce  matin d’avril, ses yeux se posèrent sur un gant recroquevillé au bord du trottoir. « Quelque frileuse ou frileux » pensa-t-il car depuis quinze jours le printemps se la jouait à l’heure et ensoleillé. Il se baissa, mû par une curiosité amusée de cette étoile de laine vert pomme renforcée de cuir orangé. Une petite main de femme ou d’enfant qu’il défroissa méticuleusement tout en soufflant sur les miettes poussiéreuses qui la maculaient.

L’étoile avait six branches ou plus exactement six doigts !

Théobald fit tomber de surprise sa trouvaille et fut tenté de ne pas la ramasser. Il avait sans doute mal vu et pensa continuer son chemin. Mais le gant défroissé était tombé en s’étalant parfaitement. Il n’y avait pas d’erreur, c’était bien six doigts d’un gant joliment tricoté de brins solides, un rien fluorescents et cousu de parements de peausserie luisante, sans marque apparente mais certainement pas premier prix qui gisait devant lui dans une flaque de lumière. La curiosité l'emportant, il ramassa l'étrange mitaine et se mit lentement à fouiller des yeux le périmètre pour trouver un jumeau de laine. Bizarrerie ou pas, la logique se frayait toujours un passage.

Le boulevard était presque désert, il était aisé de fureter alentour sans gêner personne ni paraître soi-même dérangé. Théobald mit un genou à terre et entreprit de scruter sous tous les véhicules garés à proximité jusqu'au prochain croisement. Son grand corps se plia un peu difficilement à cet exercice et ce fut rouge et suffocant qu'il se releva une dernière fois au bout de la rue. Avisant un banc public, il s'assit pour reprendre son souffle et déposa le gant sur son genou. La main tricotée recouvrait parfaitement le volumineux carré de sa rotule de bon géant.

Quelles étaient les chances de trouver une explication à peu près rationnelle à ceci ? Sans doute très minces. Il sourit et décida que ce serait désormais son porte-bonheur, sa bonne étoile.


A quelques lunes de là, LL3LY regarda sa main nue : « Oh, zyt ! J'ai encore perdu une digyte en frôlant la Terre !


Danyel Borner

1 commentaire:

Marie. a dit…

Pourquoi avoir choisi le passé (il me semble que ça alourdit ton texte) ?
J'aime beaucoup l'idée de fin, mais
j'aurai arrété le récit au mot "nue", pour ne pas terminer sur une note confuse.