lundi 3 septembre 2012

Apparition in vitraux

( texte composé sur le thème 7, autour du mot carreau )

Dans un paysage sommaire aux teintes vives, hommes, bêtes et étranges volatiles potelés sont réveillés par les lueurs du matin...

– Qu'est-ce que vous faites là ?

– …

– Ohé, oui, vous sur ma droite avec ce drôle de chapeau rond !

– Vous me parlez, monsieur ? Dois-je dire monsieur d'ailleurs ? Votre tenue...

– Quoi ma tenue ? Ça s 'appelle une chasuble. Oui, monsieur, si vous voulez. Mes amis m'appellent...

Tous : LE REMAILLEUR !!!

– Merci les amis, merci ! Nous en étions à votre présence en ces lieux, d'où venez-vous, vous n'étiez pas parmi nous hier soir ?

– Non, je suis arrivé ce matin très tôt, à la fraîche. Je ne sais malheureusement pas comment, d'ailleurs.

– Vous ne savez pas comment vous êtes arrivés ?

– Et encore moins pourquoi. D'après ce que j'aperçois dans les confins, je suis en terrain connu : le ciel bleu, les nuages... Mais j'ai plutôt l'habitude d'être seul. Le plus surprenant c'est cette lumière. Elle change tout le temps.

– C'est bien normal, la luminosité varie en fonction des saisons, du moment de la journée et nous sommes ici pour participer à ce rayonnement. Devant vous, c'est le grand bond dans l'obscurité et le froid. Si nous n'étions pas là, il n'y aurait plus d'espoir...

– Espoir ? Keskecékeça, espoir ?

– Ah, vaste question ! Mais depuis le temps, j'ai ma p'tite réponse : l'espoir est un rai de lumière dans le noir.

– Oui, vous l'avez déjà dit pour ce bâtiment vide en face de nous...

– C'était une métaphore. Ce bâtiment comme vous dites va se remplir dans une paire d'heures et chacun y vient pour ce que je vous explique. Nous y contribuons de bien des façons.

– Comprends pas... Jusqu'à hier, ma raison d'être c'était de figurer, stoïque, sur fond de ciel et tentures. Je sais que j'ai eu un géniteur, un peintre belge du nom de Magritte et un jour, en exposition, j'ai saisi une conversation qui me comparait à une phrase d'un dénommé Vialatte qui disait : « L’homme est un animal à chapeau mou qui attend l’autobus 27 au coin de la rue de la Glacière ». Ça me semble assez juste, pour ce que je connais de l'existence.

– Intéressant, intéressant... Cela ne nous dit pas ce que vous faites à 8h30 du matin sur ce vitrail de l'Église de Saint Pardiou-Les-Goémons à partager la même rosace, à quoi, deux carreaux de distance de tout mon p'tit monde ?

– Et vous êtes ?

– Saint Glaînglaîn, patron des remailleurs de filets de pêche et aussi de filets à papillons ! Je veille sur cette paroisse depuis près de trois siècles. Je me demande ce que vont penser les fidèles en vous apercevant. Vous êtes sûr que vous ne pouvez pas bouger un peu, vous planquer derrière un rocher par exemple ?

– Hélas, pas plus que vous sans doute. Et j'ai été conçu pour l'immobilité. Vous croyez qu'on nous regarde quand il y a du monde ?

– Pas tous, mais certains ont besoin de visualiser la source de lumière pour s'y perdre et trouver réconfort. Tout de même, vous faites tache...

– Je vous en prie...

– Non, ne vous vexez pas, prenez-le au sens pictural puisque vous venez de là, mais c'est peu commun.

– Vous croyez que je vais m'habituer ?

– Ah, ça... C'est sûr, on a pas l'air d'avoir le même public.

– Ça y est, j'ai compris le mot espoir ! J'ai connu aussi... Faut vous dire que je suis un inédit de Magritte, découvert il y a seulement 20 ans après des années à végéter dans un carton raisin. Comme vous le voyez, je suis de face avec les yeux bien ouverts. Ce que je vais regretter le plus, je pense, c'est cette proximité avec les gens. Enfin, pas les classes de mômes mais les étudiantes et surtout Béatrice Lessindé-Brayé, la conférencière qui venait trois fois par semaine au musée. Ah, ce minois ravissant, une coupe à la Louise Brooks et un corsage échancré où je pouvais voir ses petits seins si...

– Ttttttt Tttt... Pas de ça ici mon vieux. Vous pensez ce que vous voulez mais les seuls Saints c'est moi et mes amis ! Un peu de spiritualité ne vous fera pas de mal. Votre diablesse ne vous réchaufferait pas autant que LUI, tous les jours. Mmmh ? Allez, vous vous y ferez. Acceptons cet augure, bienvenue dans notre paroisse !

Tous : Bienvenue !!!

– Mmmoui, merci...
C'est qui cette belle jeune femme aux yeux tristes qui vient de s'agenouiller au premier rang...?


Danyel Borner

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