mercredi 8 février 2012

Une rencontre insolite

( texte composé sur le thème 7, autour du mot carreau )

C’était un jour d’août. Nous visitions l’Hérault, ses villages et ses vignobles. Le vent s’était levé, la pluie avait fait son apparition. Nous fûmes heureux, le soir venu, de faire escale dans le petit village de Montrichoux. Nous voyagions avec un couple d'amis et avions réservé des chambres d’hôtes.

Tandis que nos amis se reposaient dans leur chambre en attendant le dîner, je feuilletais les nombreux dépliants ayant trait à la région. Ils étaient posés dans le coin salon de la rustique et spacieuse salle à manger. Mon mari devisait avec les maîtres des lieux, venus de Belgique. Ils avaient restauré cette maison de caractère, destinée à accueillir les passants de notre nature.

Étaient alors entrées dans la salle à manger une femme d’une quarantaine d’années et sa fille, adolescente. Le propriétaire des lieux leur souhaita la bienvenue. Il les fit asseoir, ainsi que mon mari, autour de la grande table familiale et leur offrit un verre de vin du pays d’Oc.

La dame expliqua qu’elles venaient de l’Allier et descendaient dans le Sud-Ouest, où le reste de la famille les rejoindrait ultérieurement. Mon mari lui révéla qu’il était ici en villégiature et qu’il résidait près de Versailles. Elle connaissait vaguement cette région, pour y être passée un jour, voir son amie d’enfance. Elle se souvenait que cette amie, Annie, et son compagnon, venaient alors d’acquérir une petite maison jumelée. Elle revoyait un jardinet devant la porte d’entrée et des escaliers dans l'habitation toute en hauteur. Elle était allée avec Annie chercher le compagnon de cette dernière à la gare. Elle se rappelait certes avoir traversé une passerelle, mais elle ne se remémorait ni le nom de la gare, ni celui de la ville.

Mon mari, traditionnellement peu loquace, lui posait mille et une questions qui l’aidaient à retrouver ses souvenirs. Il lui demanda notamment à quand remontait ce séjour. Étant donné l’âge de sa fille, elle en déduisit que son passage devait dater de l’année 1986 ou de la suivante.

Je les revois encore tous les deux, les coudes appuyés sur la nappe à carreaux rouges et blancs, concentrés et animés à la fois. Mon mari tortillait sa moustache de la main droite, tandis que ses deux mains à elle se rejoignaient sous le menton.

Mon mari semblait satisfait de toutes ces explications. Ses yeux pétillaient de malice. Subrepticement, il lui demanda si par hasard le compagnon de son amie ne se prénommait pas Denis. Les bras de notre dame lui en tombèrent et vinrent se poser sur la table. Le souffle coupé, elle se contenta de hocher la tête brièvement, complètement abasourdie, bouche bée et les yeux grands ouverts. Faisant semblant d’ignorer sa stupeur, mon mari, stoïque, ajouta le nom de famille au prénom déjà dévoilé. Inutile de préciser que pour son interlocutrice la surprise était à son comble. En effet les amis de cette personne n’étaient autres que les acheteurs de notre ancienne petite maison jumelée. Nous la leur avions cédée dans le courant de l’été 1986. Les noms de la ville et de la gare furent alors retrouvés et le puzzle était reconstitué par le plus grand des hasards.

Le lendemain matin, la mère, encore sous le coup de l’émotion, et sa fille, reprirent la route vers le Sud, tandis que mon mari continua son périple languedocien en notre compagnie.

Alors que nous étions rentrés de vacances depuis quelques jours déjà, Annie et Denis passèrent un soir nous saluer. Nous avions déménagé dans une rue adjacente à la leur. L’amie d’Annie les avaient informés de sa rencontre et de sa discussion insolite avec mon mari. Nous les gardâmes à dîner pour leur plus grand bonheur. Ils voulaient encore entendre cette histoire, narrée cette fois par le personnage qui avait deviné leur identité.

Martine Duchemin

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