jeudi 23 février 2012

Mauvaise donne

( texte composé sur le thème 7, autour du mot carreau )

Contraintes littéraires et associées, voilà que mon personnage s’est échappé des pages de mon manuscrit et je pleure sa disparition. Que devient un auteur en quête de personnages ? J’erre, je me lamente et fais fi des mots : le mot, c’est la mort sans en avoir l’R.

Ai-je bien entendu ? Votre personnage a déserté votre récit ? Le mien également, il est parti battre la campagne prétextant mon étroitesse d’esprit, ma vision à court terme, ma propension à toujours parler de moi et encore de moi. Il veut être lui. Il est en quête d’identité !

Remarquez il fallait s’y attendre ! Chaque mois ce mognotage ne peut que nuire à la sérénité de l’écriture et des personnages.

Renouons avec eux, amadouons-les par quelque subterfuge oulipien pour qu’ils reprennent leur place. Que diable,  ils vont bien vite se rendre compte de leur erreur ! La campagne, comme si c’était le moment avec ce froid sibérien.

Elucidons les motifs de leur fugue. Pourquoi ont-ils préféré la vie à la quiétude de la fiction ? Certes, évoluer dans un champ de cinq mille caractères, signes et espaces compris, ce n’est pas l’œuvre de Jules Verne, mais il y a quand même de l’espace…

Allons allons, ne nous tracassons pas. Après tout, ne pas se sentir bien dans sa peau, ce n’est pas l’apanage des personnages de romans. Ils sont en quelque sorte dans la position des intermittents du spectacle. Nous les délaissons parfois au profit d’autres personnages et nous ne leur présentons aucune excuse. Depuis sept mois, combien sont restés sur le carreau ?

Unissons nos efforts et concentrons-nous sur le mot campagne par exemple. Il faut commencer à réunir les pièces du puzzle. Nous rencontrerons sûrement dans la campagne, le hasard qui nous aidera à les retrouver.

– Non, surtout pas de hasard, nos personnages ont horreur de l’aléatoire !

Mais puisqu’ils sont partis en campagne, c’est bien qu’ils cherchent un espace de liberté pour eux-mêmes !

La liberté pour eux-mêmes ? Et la vérité pour les autres ?

Mais que me parlez-vous de vérité en campagne ? Nul ne s’en soucie ! Nos personnages ont dû très vite le comprendre. Foin de vérité : de l’audace, toujours de l’audace ! De vous à moi ce n’est pas le trait de caractère qui nous caractérise le mieux.

(En aparté.) Ne suis-je pas hors sujet ? Je ne sens pas cette chausse- trappe de campagne… Et si c’était un vecteur de propagande ou de discrimination pouvant porter atteinte ou préjudice à qui que ce soit ? (S’adressant à son confrère.) C’est une histoire à dormir debout ou à coucher dehors…

C’est sûrement ce que nos deux compères ont dû faire, s’ils n’ont pas été enrôlés dans quelque comité de soutien de l’un ou l’autre candidat à la campagne électorale !

 Mais… Regardez plutôt l’écran de télévision, Georges, n’est ce pas Anton Voyl autour de cette table ?

(Georges, d’un air ahuri découvrant son Anton dans une émission politique.) Dites-moi Raymond, ne serait-ce pas votre Icare dont les voyelles volent au secours d’Anton Voyl ?


Elhuan


Adolphe Ripotois est l’auteur de « Le mot, c’est la mort sans en avoir l’R ». Un grand salut, chapeau bas, au groupe de l’OULIPO, Georges Perec (La disparition), Raymond Queneau (Le vol d’Icare et Texticules) et les autres... qui m’ont fait passer un agréable moment de lecture et d’oulipo-tage.

3 commentaires:

père Ubu a dit…

C'est Adolphe Ripotois, et non Adalbert Ripotois, son neveu, qui a écrit « Le mot, c'est la mort sans en avoir l'R ».

Anonyme a dit…

Oui Père UBU, il y a déjà eu contestation!Puisque Adalbert, signait souvent comme son oncle Adolphe(A.RIPOTOIS)il est possible que j'ai mal interprété la filiation de la citation. Rendons à César...

Martine a dit…

Eh bien, puisqu'ainsi tout le monde est d'accord, c'est corrigé !