jeudi 2 février 2012

Au pied de la lettre

( texte composé sur le thème 7, autour du mot carreau )

– Tiens, salut ; qu’est-ce que tu plantes aujourd’hui ?

– Un décor !

– Je parie que c’est pour la saynète théâtrale que l’on va donner au centre Gouguelle du village ?

– Oui, c’est net…

– Dis-donc, Caroline, tu n’es pas très bavarde aujourd’hui !

– Oui, mais ça n’est vraiment pas ma faute : nous ne pouvons pas trop parler pour le moment.

– Quel mystère ! On nous espionne ?

– Pas vraiment, on nous guide. Tu connais le maire, brave homme comme il y en a peu. Depuis qu’il a vu à la télévision qu’on nous expliquait comment nous habiller les jours de grand froid, comment protéger notre voiture du gel et comment rouler prudemment, il a décidé de nous coacher de plus en plus. Un vrai papa poule. Peut-être craint-il les dérapages ?

– Ah...

– C’est pour ça que tu es venu m’embêter avec tes questions ?

– Eh bien, voilà, ça y est ! Et en plus tu ne l’as pas fait exprès : on le tient, on va pouvoir se replacer dans le bon sens…

– On tient quoi ?

– Le motif ! “Je suis venu t’embêter”, Caro. Et maintenant on va s’installer tous les deux, tiens, dans la barque du manège de ton décor : c’est vrai qu’il est pas mal, avec cet ascenseur qui mène directement à la salle d’attente du cabinet médical.

– Oui, réussi, hein ? Tu verras, au deuxième acte, j’ai placé mon domicile dans un café-restaurant jouxtant la boutique d’un salon de coiffure. J’ai même construit pour le troisième acte des voitures stationnées dans la rue devant la façade d’un bureau de poste. Le téléphérique qui sort de la bouche de métro me donne plus de mal, je ne l’ai pas encore commencé : c’est beaucoup de boulot. Mais je dois respecter le cahier de charges.

– Bravo Caroline, j’en suis soufflé ! Mais je te reprends : tout à l’heure, tu as dit « j’ai placé mon domicile » : ça veut dire que tu joues dans la pièce, en plus d’avoir planté le décor ?

– Oui, mon gros ; et toi aussi ! Il faut deux personnages.

– Moi ! Mais tu sais bien que je ne suis pas libre le 29 février : je fais le carnaval de la St-Valentin.

– Mais, Tonton, pourquoi tu pleures en faisant de grand gestes. Tu n’es même pas encore dans l’action et tu te projettes dans le futur. Tes réactions et tes marques d’émotion sont toujours exagérées. Quelle allure !

– Atch ! Atch ! Tu serais gentille, Caroline, d’enlever le bouquet de fleurs, là, à côté du trou du souffleur.

– Excuse-moi, Tonton, je l’avais oublié. En fait, c’était un cadeau destiné à quelqu’un d’autre. Tu ne le connais pas, mais, comme toi je te connais, je vais t’expliquer : non, ce n’est pas pour un amour fou, inattendu ou impossible, ni pour fêter les retrouvailles dues à une rencontre de hasard avec mon ex. Tu le sais bien : je n’ai plus que des rapports professionnels ou commerciaux avec lui, après les accrochages et les disputes qui ont préludé à notre rupture.

– Et la lettre qui est à côté ? Atch ! Atch ! Sniff !

– C’est pour le remercier d’avoir retrouvé mon portefeuille. Avec un coup de téléphone qui dérange, je n’osais pas l’appeler : il est restaurateur et toujours perdu au milieu de ses ustensiles de cuisine. Mais dis donc, tu n’as pas l’air bien du tout : je vais chercher les figurants qui répètent dans le fond de la scène.

– Aaaah ! Non ! surtout pas ! Ces personnages-là ne peuvent pas intervenir…

– Écoute, tu complexifies tout. Ça n’a rien de comique. Tu vas me faire une chute de tension dramatique avec ton allergie. Le gars de la sécurité, là au fond, avec son berger allemand, tu veux bien, tu permets ? Il est secouriste sûrement aussi… Il ne va pas te laisser sur le carreau !

– RRRaaah ! AAAhhh ! Caahhroline, le ch… le chh…ien seu…le…ment.

– Parce que les animaux peuvent occuper une place particulière ? Non, mais ça va bien ? Toi qui es rédacteur au CNRTL, tu te laisses mener par le bout du nez ? Tu gobes tout rond…..


NON ! Ça va pas, les gars, on reprend tout. Vous me la jouez autrement ! Et à voix haute ! Ouais, depuis le début ! Et pour la suite avec les carreaux, on verra après, c’est promis !
Pour une fois que vous avez un texte à peu près correct pour cette troupe de M… et ce théâtre de M…
Quoi ? Pourquoi vous m’entendez mal, moi ? Ben parce que je parle de la fosse, évidemment - et ça, c’est pas une chute vraiment comique pour moi…

Hache

2 commentaires:

Martine a dit…

Merci Hache ! Je me suis régalée à lire ton dialogue comme as dû très certainement t'amuser à l'écrire ! Ravie que mes élucubrations d'aide aient pu inspirer ce clin d'oeil aussi pétillant... H&M, ça existe déjà par ailleurs, dommage : on aurait pu fonder quelque chose !

Hache a dit…

Merci Martine pour cette subtile réponse. Ce n'était effectivement que taquinerie de ma part !