lundi 12 décembre 2011

Histoire du bulldozer...

... lancé contre le souffle immatériel de la mémoire

( texte composé sur le thème 4, autour du verbe souffler ) 

Noroît coup de tabac tempête...

Le vent souffle sans discontinuer sur Batz, l’enjambe, court vers la côte jusqu’au cimetière marin du "Vil" (qui signifie la pointe, la pointe de Roscoff) et se heurte au mur, mur de l’enclos, derrière lequel les tombes, épaules contre épaules, résistent au temps, résistent au vent. La pierre grise, dorée par le lichen, surmontée de ses croix, se souvient en creux de l’épidémie de choléra de 1832, des morts des deux dernières guerres, du parachutiste néo-zélandais venu défendre cette terre étrangère et enterré par les habitants malgré la présence allemande, des marins du Hilda, pauvres Johnnies, disparus en mer, des Roscovites ancrés dans cette terre depuis des générations.

Pour ce petit coin de terre, ce petit territoire, c’est la guerre. La guerre pour le parking que la Mairie veut créer sur cet emplacement. Depuis, le vent souffle sur les braises, braises de colère, braises de discorde. On se bat à coup de communiqués, d’articles de journaux, d’émissions de radio, d’actions en justice, de créations de blog, et même à coup de poèmes… Quel meilleur plaidoyer que Le cimetière marin de Paul Valéry dans ce choc frontal entre deux conceptions de la société ?


Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux
Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres,
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux !
...
La mer, la mer, toujours recommencée !
Ô récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
...
Les morts cachés sont bien dans cette terre.

 
Texte inspiré par un fait divers authentique de mars 2010

MC2

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