lundi 3 octobre 2011

Pic et pic et colégram

( texte composé sur le thème 2, autour du mot aiguille )

Nous apprenons qu'une terrible beauté d'une quarantaine d'années a été retrouvée, entortillée dans les trois mille kilomètres de fil noir qui jonchent le sol de la grande salle du musée. Son bras brandissait un autre bras de plâtre dans le prolongement duquel un poing emprisonnait une poupée à son effigie, percée par cinquante huit aiguilles, les yeux exorbités par l'impuissance.

Il s'agirait de la journaliste portée disparue, alors qu'elle devait couvrir les commémorations du 11 Septembre. Cette lettre inachevée a été découverte dans son appartement près d'un bol à thé :

Le courant de l'été a charrié une myriade de bulles nauséabondes, une foison d'affaires dominées par les guerres, les révélations, les révolutions, les faux et les plagiats.

Roulée dans le maelström médiatique, je suis sur tous les fronts. Je n'ai pas eu le temps de m'asseoir sur la rive pour contempler le naufrage. Je me sens très seule, désignée d'office par manque de prétendants après la décimation de l'équipe de journalistes dans le courant de l'année.

Je musarde et prépare une infusion de fleurs de lotus : les marins d'Ulysse s'abreuvaient de cette décoction qui les empêchait de repartir, sinon attachés par des chaînes au mât de leur bateau. J'entends la déchirante plainte d'Orphée, épris d'amour, inconsolable d'avoir regardé en arrière, perdant à jamais son Eurydice.

Mes sens sont déréglés, le breuvage agit sur moi comme la drogue et l'alcool du poète.

Dix ans après les attentats sur le sol américain peut-on m'obliger à ce retour en arrière sur des événements qui imprègnent encore les esprits avec tant d'intensité?

Je dois disparaître.

Pique, pique et repique sur l'écran numérique, pique et repique les tours à l'infini, poupées vaudou du deuxième millénaire...

Elhuan

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