jeudi 27 octobre 2011

Lettre à Lionardo

( texte composé sur le thème 3, autour du mot médaillon )

                    Lionardo,

Me voici chevauchant la campagne en quête de cette parure qu'il vous siéra d'enrouler autour des courbes idéales de vos belles dames florentines.

Depuis que je suis à votre service, je me surprends d'avoir, à l'instar de mon maître, de merveilleuses intuitions.
C'est ainsi qu'en me rendant sur les terres du Roi de France, celui qui guerroie chez nous en Italie, j'ai été hébergé dans la tour d'une ancienne demeure médiévale, face à un petit château en cours de construction, dans un parc admirable au doux nom de Lucé.
Il appartenait autrefois à un certain Monsieur Leloup.
J'ai ri sous cape en pensant à tous les démons nés de votre imagination et je me suis dit que ce « Leloup » ne dépareillerait pas votre bestiaire entre vos lézards, serpents et chauve-souris, tête de méduse, destriers couverts d'écailles d'or ou encore ce monstre affreux au souffle empoisonné qui enflamme l'air autour de lui et crache du venin !

L'instant du réveil est délicieux à Lucé, le petit matin s'immisce doucement entre les paupières qui scellent encore les songes. La brume translucide caresse la toison verte des champs et se déplace évanescente comme une pensée silencieuse sur la peau satinée d'une jeune beauté.
Celle qui m'a rejoint dans le petit cabinet privé qui jouxte ma chambre, arborait un médaillon antique au décor d'émail cloisonné, orné d'une figure de griffon qui semblait animé sur sa peau d'albâtre.
Jouant de mes charmes, ce précieux bijou étrusque me fut restitué par la gente demoiselle, prétextant qu'il devait rejoindre, plusieurs siècles plus tard sa patrie d'origine, la Toscane, là où vous-même m'attendez.

Ne vous mettez pas en colère, il ne s'agit pas de l'un de mes nombreux larcins ! Vous serez conquis lorsque sous votre pinceau, la chaîne épousera le décolleté de la robe de velours pourpre de la belle dont vous m'avez montré l'esquisse.

Une émouvante et imprévisible plume d'oiseau se love à l'intérieur de ce médaillon, comme un signe. Je pense souvent à cette histoire d'oiseau qui vous aurait visité lorsque vous étiez nourrisson et qui semble toujours vous hanter.
N'est ce pas pour retrouver ce frisson que vous dessinez cette machine volante tel le grand oiseau de votre souvenir ?
N'allez pas vous rompre les ailes avant que je ne vous accompagne à la grande mascarade que vous organisez à la cour de notre Prince !

Vous me manquez, mon maître, mon père, vous qui aimez tant la nature, vous auriez dû me retrouver ici, « penser, rêver et travailler en toute liberté ». Qui sait, un jour peut-être, une opportunité vous conduira sur les routes de France...

Quelques jours encore et je serai près de vous,

                              Votre fils, Salaï

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Elhuan

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