jeudi 15 septembre 2011

Un fils attentionné (2)

( texte composé sur le thème 2, autour du mot aiguille )
 
Retrouvez la première partie sur la page : Un fils attentionné (1)


... Les premiers mois, elle s’est laissé faire. D’accord, elle ne sortirait pas seule. Pas au-delà du quartier, en tout cas. Non, elle ne se fatiguerait avec trop d’exercices de rééducation. Oui, tout allait bien !

Un matin de mai, quatorze mois après l’accident, le souvenir d’un lieu se mit à l’obséder. Une plateforme rocheuse plantée de quelques pins, en avancée sur l’océan. D’un côté les dunes, de l’autre les falaises ocres aux failles profondes. Le souffle chuintant du ressac. Ce n’était qu’à une heure de voiture de chez elle. Puis dix minutes depuis le parking. Enfin, dix minutes avant l’accident ! Il fallait contourner la dune, s’engager sur un sentier hérissé d’herbes sèches. Elle irait ! Et elle irait seule !


La première fois qu’Eric vit Doris, elle débouchait de derrière une dune et s’engageait lentement sur le chemin en pente légère. Sur son visage, la détermination, la fatigue et des fulgurances de joies enfantines. Le court trajet était une conquête. En lui, un écho de ses batailles solitaires en mer, contre le vent, la houle et le sommeil.
Leur rencontre les émerveilla comme deux adolescents à leur premier coup de foudre.
Depuis, leur liaison dure, joyeuse et tendre. Eric échappe à sa famille, à sa kyrielle de petits-enfants, pour des après-midi de prétendue solitude. Ils s’installent dans une pinède au sol d’aiguilles souples, s’assoient longuement face à la mer, bavards ou silencieux. Se retrouvent parfois dans des lieux plus secrets.
Aujourd’hui, il l’emmène en mer pour la première fois.
Elle rentrera en fin d’après-midi. Fera stopper le taxi à la boulangerie.

20 h. A peine rentré, Gaëtan voit le pain sur la table de la cuisine. Il frissonne. Non, maman, non ! Tu es encore allé chez Diaz ! Tu sais que je n’aime pas que tu traverses le boulevard ! Le carrefour est beaucoup trop dangereux ! Encore une fois, l’idée de la boucler à l’intérieur, pour la protéger d’elle-même, lui traverse l’esprit.

Hélène Massip

3 commentaires:

Michèle Rodet a dit…

Quel plaisir, Hélène, de renouer avec le suspens des feuilletons qui saupoudre immanquablement mon imaginaire de sel et de poivre !
Et puis, cette retraitée qui se faufile à travers les bornes du "prêt-à-porter social" pour se tailler une vie à la mesure de ses rêves et de ses désirs... Délicieuse !

Danyel a dit…

Merci Hélène de cette goulée d'air frais dans le placard à naphtaline. On souhaite que la dernière phrase ne se réalise pas...

Marie. a dit…

Il semble que votre héroïne creuse sa propre tombe ! Alors, pourquoi ce secret ? N'envisageriez-vous pas un troisième épisode ? Merci, pour ce suspense !