jeudi 15 septembre 2011

Un fils attentionné (1)

( texte composé sur le thème 2, autour du mot aiguille )

A tant fixer les aiguilles de l’horloge, elle va réussir à les faire bouger à sa guise. Ou à les vriller par la force de la pensée ! Gaétan regarde sa mère. Tout est en ordre. Elle est dans son fauteuil, près de la fenêtre. Déjà à son tricot. En face d’elle, la grande pendule, léger tic-tac dans le silence. 7h30. De l’eau et un verre sur la tablette. Son roman policier. Femme Actuelle. La télécommande. Le chat sur le canapé. Marie, l’auxiliaire de vie, sera là à 9h. Il peut y aller. Il embrasse rapidement la joue poudrée de rose. Redresse le nœud de sa cravate. A ce soir, vingt heures, comme d’habitude ! Elle lui sourit, sans perdre une maille ni lâcher ses aiguilles. Regarde à nouveau la pendule. 7h35. 7h40. Maintenant, il ne remontera plus.

Depuis sa chute, son fils veille sur elle. Fait les courses (tu pourrais glisser). Appelle la coiffeuse (quel confort, à domicile, n’est-ce-pas, maman ?). Il est là pour tout. Dort chez elle deux nuits sur trois. L’entoure de son immense sollicitude de fils aimant et apeuré.

7h45. Basculer le buste en avant, prendre fortement appui sur les bras. Passer le cran où la douleur irradie dans le dos et les hanches. Elle se redresse. Le chat se frotte contre ses mollets. Encore un qui n’est pas d’accord ! Elle saisit ses cannes, avance à petits pas glissés jusqu’au placard de l’entrée. Sort de sa cachette une enveloppe kraft pour la jolie Marie, dont elle double le salaire pour qu’elle taise ses fugues. 8h10. Le taxi ne va plus tarder.

Il y a deux ans : une parenthèse de quatre semaines dans le fil des jours. Avec la section vélo du  Club des Aînés, elle pédalait au soleil sur une petite route bordée de champs. Elle se souvient du tee-shirt mouillé de sueur de Jérôme, devant elle. Mais pas de l’écart de la Twingo rouge, ni de sa chute en contrebas, sur les rochers. Juste une sensation de soif, sa main qui se tend vers le bidon sous la selle, puis son douloureux réveil entre des murs blancs et vides. Une aiguille dans un bras. La moitié du corps invisible dans le carcan des plâtres...

Hélène Massip

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